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Tour du monde pendant le coronavirus : cette fois, on rentre

Nos trois semaines au Japon touchent à leur fin. On aimerait vous dire que notre tour du monde va continuer, qu’on embarque sereinement pour San Diego puis pour l’Amérique centrale. Mais une réalité s’impose : le coronavirus remporte la manche. Dans un monde en confinement, nous n’avons plus d’autre choix que de rentrer.

Mi-mars, nous laissions derrière nous le Vietnam. Du jour au lendemain, le pays s’était refermé sur lui-même. Monuments rendus inaccessibles, hôtels n’acceptant plus les étrangers, restaurants et bars préférant baisser le rideau, multiplication des mises en quarantaine… Formellement, personne ne nous avait demandé de partir. En pratique, tout le monde nous l’avait fait comprendre. 

On avait évidemment ressenti de la déception. Mais, alors que l’épidémie devenait officiellement une pandémie, qu’on réalisait soudain la gravité de la crise, comment ne pas comprendre que le Vietnam fasse tout pour protéger sa population ? Trois semaines plus tard, on retient d’ailleurs que ces mesures rapides et concrètes des autorités vietnamiennes ont permis de freiner la progression du coronavirus : le pays ne compte à ce jour « que » 200 malades.

Nous avions de toute façon quasiment terminé notre parcours là-bas. Il nous suffisait de prendre un vol anticipé de quelques jours pour notre prochaine étape : le Japon. À notre atterrissage à Osaka, le 17 mars, le contraste fut saisissant. D’un côté, nous apprenions que la France entrait en confinement, que nos proches allaient devoir s’enfermer sans savoir quand ils ressortiraient. De l’autre, nous découvrions les rues bondées de la capitale de la gastronomie nippone dont la vie n’était pas bouleversée par la maladie.

Car oui, jusqu’à aujourd’hui, le Japon a continué à vivre normalement. Nous avons pu suivre sans mal l’itinéraire que nous avions prévu : Osaka, Okayama, Hiroshima, Kyoto, Tokyo… Seules contraintes, qui n’en sont plus vraiment pour nous tant elles sont devenues des habitudes : le port du masque, le lavage régulier des mains et la distance sociale.

Le Japon ne vit pas pour autant dans l’inconscience. Depuis notre arrivée ici, le coronavirus fait chaque jour la Une de l’actualité. Des messages de prévention sont affichés dans toutes les rues. Les JO ont finalement été reportés à 2021. Le nombre de malades est suivi méticuleusement. Il augmente d’ailleurs de plus en plus vite : de 1.000 il y a une semaine, à plus de 2.500 ce jeudi. C’est particulièrement le cas à Tokyo, qui compte 30% des cas. 

Mais face à cette crise, la société nippone continue à avoir confiance en elle. Les citoyens appliquent scrupuleusement les recommandations sanitaires sans qu’on ait besoin de leur courir après et de les verbaliser. Le premier ministre Shinzo Abe écarte toujours l’idée de déclencher l’état d’urgence, cadre légal indispensable à toute mesure de confinement. L’espoir que le civisme suffira à vaincre la maladie perdure.

On ne peut pas en dire de même des prochaines étapes de notre tour du monde. La Californie, où nous devions faire une halte avant de rejoindre l’Amérique centrale, a été le premier État américain à décréter le confinement de sa population. Si Aude, notre amie sur place, espérait encore il y a quelques jours que cela serait bref, elle admet aujourd’hui que c’est bien parti pour durer. Le pic de malades du coronavirus est loin d’être atteint. L’attentisme dont Trump a fait preuve est en train de provoquer une hécatombe. 

Et le Mexique, que nous devions visiter ensuite ? Ne pourrait-on pas y aller directement ? Ses frontières sont toujours ouvertes, la majorité des habitants poursuit ses activités. Mais c’est justement cela qui nous inquiète ! Alors que tous ses voisins ont pris des mesures radicales, le Mexique semble faire comme si de rien n’était. Au risque de se transformer en cocotte-minute capable d’exploser à tout moment. Nous n’imaginons pas nous trouver là-bas quand cela arrivera.

Nous voyons-nous alors séjourner au Japon jusqu’à ce que le coronavirus soit endigué ? Non. Car malgré l’hospitalité des Japonais, rester aussi longtemps loin de notre pays en proie à la tragédie n’est pas envisageable pour nous. D’autant que, par définition, nous n’avons aucune idée de quand finira cette crise… Cela peut être dans deux semaines comme dans six mois. Et puis, ne serait-ce que sur un plan pratique, ce serait intenable : le Japon est le pays le plus cher de notre parcours.

C’est ainsi que depuis une semaine nous vivons déjà à l’heure de Paris. Sans qu’on s’en rende compte, nos discussions reviennent toujours à la situation en France. Les appels à nos parents et à nos amis se font plus réguliers. Qu’on se promène entre les cerisiers en fleurs ou qu’on dîne dans un izakaya, on se sent préoccupé, inquiet. Paris nous trotte dans la tête. Il est plus que temps de la revoir. Alors oui, cette fois, nous rentrons. Quitte à devoir se confiner à notre tour.

À l’heure du retour, nous avons deux immenses « merci » à adresser. Le premier au réseau diplomatique français, qui depuis le début de la crise nous accompagne au quotidien. Nous pensons en particulier aux ambassades, aux consulats et aux représentants des Français de l’étranger au Cambodge, au Vietnam et au Japon. Votre disponibilité, votre écoute et vos conseils nous ont été plus que jamais utiles. Merci !

Le second « merci » va aux équipes d’Air France, qui elles aussi font partie des héros de ce dramatique quotidien. Elles mènent la plus grande opération de rapatriement de ressortissants français jamais organisée, avec un professionnalisme et un dévouement exceptionnel, cassant les prix des vols pour qu’ils soient accessibles à tous, ouvrant la possibilité de modifier ou d’annuler son billet jusqu’à la dernière minute pour faire face à tous les imprévus. Un souci de moins à gérer pour nous. Merci !

Que ressentons-nous maintenant que la décision de rentrer est prise ? Un gros pincement au coeur, forcément. Mais aucune amertume. Nous savons que nous avons énormément de chance, celle d’être bien portant là où de nombreux Français ont à endurer la maladie ou la disparition d’un proche, celle de pouvoir choisir de rentrer, celle d’avoir pu poursuivre notre tour du monde jusque-là. Huit pays traversés en sept mois et demi : quelle aventure ! Tant d’images, tant d’expériences, tant de rencontres gravées pour la vie dans nos mémoires. Et en écrivant ces lignes, la nostalgie nous envahit.

On pense à Raj à Pondichéry, à Alban à Delhi, à Sony à Jakarta, à Nang à Paksé… Prenez soin de vous. On pense aussi très fort à Carla et Antoine, rencontrés en Thaïlande et désormais confinés en Nouvelle-Zélande. Courage à vous ! On pense à tous ceux qui restent loin de leur pays, par choix, par nécessité ou par contrainte. On pense à tous ceux qui partaient pour « le voyage d’une vie » et qui ont dû rentrer avant l’heure.

Qu’on se le dise : nous repartirons. Il nous reste cinq mois de tour du monde dans les cartons. Hors de question d’y renoncer. Dès que la bataille contre la pandémie sera gagnée, dès que la planète se rouvrira, dès que la vie reprendra, comptez sur nous pour sauter dans le premier vol au-dessus de l’Atlantique, motivés comme jamais pour poursuivre notre aventure. Et vous qui avez croisé nos pas depuis notre départ, on compte bien vous revoir en chemin.

Le coronavirus a gagné la première manche. Nous gagnerons le match.

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