Tour du monde pendant le coronavirus : poursuivre ou rentrer ?

Une femme porte un masque contre le coronavirus devant un bar d'Osaka

Du Vietnam au Japon, troisième article dédié à l’impact du coronavirus sur notre tour du monde et sur celui d’autres voyageurs. Avec une question lourde que nous avons eue à trancher : faut-il poursuivre notre périple ou rentrer ?

On vous avait laissé samedi dernier dans le train qui nous emmenait de Ninh Binh à Hanoï. La France n’était pas encore en confinement pour quinze jours. Les frontières européennes n’étaient pas encore fermées pour un mois. 

Retour à la vie

Après Ninh Binh, déserte et poussant les étrangers à la quitter, Hanoï nous a fait du bien. Tout juste sortis de la gare avec notre petite bande de Français, nous avons trouvé en ce samedi après-midi une ville encore vivante, avec ses passants qui flânent, ses commerces ouverts, ses terrasses de cafés presque bondées. De quoi compenser la météo toujours humide et grise.

Dans les rues de Hanoï, samedi 14 mars

Isis et Cécile filent sans attendre à l’aéroport. Elles veulent attraper le premier vol pour la Thaïlande, inquiètes d’une éventuelle fermeture des frontières. Audrey, Aude et Paul ont réservé dans une auberge de jeunesse. Nous rejoignons quant à nous un petit hôtel trouvé à la hâte : une chambre double à 7,5€ la nuit, ni très fraiche ni très propre, mais calme et bien placée.

Nous ne sommes pas d’humeur à visiter. La pression se fait toujours sentir. On pense au plus pratique : on emmène notre linge à laver et on fait un peu de shopping pour renouveler des affaires abimées par nos six premiers mois de voyage. Une façon aussi de se rassurer pour la suite : oui, notre périple va continuer.

Soirée « bière masquée »

Le soir, nous rejoignons nos acolytes autour d’un verre. Audrey a déniché le bon plan : un bar où le demi de bière est à 5.000 dongs, soit 20 centimes d’euros. Parfait pour notre troupe de routards ! En vérité, ce n’est pas vraiment un bar. C’est plutôt un coin de rue squatté par une dame qui y a posé un fut et quelques chaises en plastique. Mais ça nous plaît bien.

Toutes les vingt minutes, une camionnette de police déboule, cinq agents en sortent et sifflent à tout va pour faire déguerpir les gens… Ça nous surprend la première fois. Mais la patronne a l’habitude : elle remballe ses affaires en moins d’une minute… puis les déballe aussi vite dès que la camionnette est partie. 

Gel hydroalcoolique et messages de prévention à l’entrée d’un immeuble

Ce jeu du chat et de la souris n’y change rien. Le coronavirus est dans tous les esprits. On porte nos masques et on se tient à bonne distance. Pour la sociabilité, on repassera. Et puis on vient de recevoir un message du consul de France à Ho Chi Minh Ville que l’on partage à nos camarades d’infortune : le Vietnam envisage de suspendre rapidement la plupart des vols internationaux. Mais la date précise de cette mesure reste inconnue. Qu’en penser ? Faut-il s’en aller dans l’urgence ? 

Audrey et Aude décident de se rendre à l’aéroport dimanche à la première heure pour attraper un vol Hanoï-Paris via Moscou. Paul ira chez Vietjet pour avancer son vol Hanoï-Tokyo. Nous avons déjà réservé notre vol Hanoï-Osaka, prévu dans la nuit de lundi à mardi : espérons qu’il soit maintenu.

Un instant d’insouciance 

On croise une Suisse en tour du monde. Sa soeur vient de la rejoindre au Vietnam pour la suivre pendant quelques semaines. La fermeture soudaine de tous les lieux touristiques les a prises de court. Elles ne savent ni quoi faire ni où aller. « Pas question de rentrer en Suisse, je trouverai une autre solution », assène-t-elle, sans sembler trop y croire.

Puis peu à peu, les bières font leur oeuvre. On change de sujets, on se raconte des anecdotes de voyage, on parle de nos familles et de nos amis. On plaisante, on rit et on se prend même quelques minutes à redevenir insouciants. Jusqu’à 1h du matin. À Paris, Edouard Philippe donne une conférence de presse sur le coronavirus. Il annonce la fermeture de tous les bars et de nombreux commerces dans les prochaines heures. La France entre en stade 3.

Une rue en quarantaine à Hanoï, dimanche 15 mars

Notre soirée « normale » s’achève. On pense aussitôt à nos proches dans l’hexagone. Pierre termine la nuit au téléphone avec sa mère et sa grand-mère. « La situation est grave. Ne prenez aucun risque. Restez chez vous et suivez les consignes de prévention », leur répète-t-il, un brin d’ivresse dans la voix.

Les municipales pour se changer les idées

On se réveille dimanche vers 14h avec une belle gueule de bois. Les bureaux de vote viennent d’ouvrir en France. Hanoï peut bien attendre encore un peu. On consacre l’essentiel de notre journée puis notre nuit à suivre le scrutin. Décalage horaire oblige, il est 5h du matin, lundi, quand les résultats parisiens sont enfin stabilisés. On se réjouit pour Anne Hidalgo. Et ça nous change un peu les idées.

Lundi, on ressent une toute autre forme de gueule de bois. L’Élysée a annoncé la prise de parole du Président de la République à 20h. La lutte contre le coronavirus va se renforcer. Les rumeurs de confinement se propagent sur WhatsApp et les réseaux sociaux. On ne pourra néanmoins pas écouter les annonces en direct : nous serons déjà dans l’avion pour le Japon.

On s’oblige à un petit tour de la ville à pied : la cathédrale, le tombeau d’Ho Chi Minh, le vieux quartier français, le lac de Hô Hoàn Kiêm. Hanoï est calme à cause des mesures du prévention du coronavirus. Mais Hanoï reste belle. Il faudra y revenir. On reçoit aussi des nouvelles d’Isis et Cécile : elles sont bien arrivées en Thaïlande et resteront à Chiang Maï « le temps que ça passe ». Puis il est déjà l’heure de récupérer nos sacs à l’hôtel et de sauter dans un bus pour l’aéroport.

Affichette à l’entrée d’un hôtel de Hanoï, lundi 16 mars

Osaka, quel soulagement

Nous y arrivons vers 21h, avec cinq heures d’avance, comme pour nous rassurer que le décollage aura bien lieu. Dans le grand hall, on tombe sur Paul. Il part lui aussi cette nuit, nos vols n’ont qu’une heure d’écart. Inquiet tout comme nous, il est lui arrivé… dès 15h ! Au moment de se dire au revoir, on hésite à se serrer la main… Mais on se promet de se revoir au Japon et de vider ensemble une bouteille de saké. 

Juste avant d’embarquer, on reçoit un message de Carla et Antoine. Ils sont bien arrivés en Nouvelle-Zélande mais doivent s’astreindre à une auto-quarantaine pendant 15 jours. Ils ont loué un van, fait le plein de provisions et se posent dans un camping en bord de plage. 

Tout juste 4h de vol et nous sommes à Osaka. Encore une fois, la nuit a été courte. À la police aux frontières, on teste notre température et on scrute dans le détail nos précédentes étapes. Laos, Cambodge, Vietnam… Aucun problème, ces pays ne sont que peu touchés par le coronavirus. Après une fouille minutieuse de nos sacs – le Japon est très vigilant à ce que les voyageurs ne transportent ni drogue… ni magazines pornographiques – nous pénétrons enfin dans le pays avec l’autorisation d’y séjourner jusqu’à trois mois. Quel soulagement ! 

Pour trois semaines… ou beaucoup plus

Nous nous connectons au wifi et apprenons avec un petit pincement au coeur que la France est désormais confinée. On espère que ces mesures permettront d’endiguer la pandémie. Et on pense encore une fois à nos proches cloîtrés chez eux si loin de nous…

Rue piétonne à Osaka, mardi 17 mars

Une dernière démarche pour nous assurer d’être dans les clous : bien que déjà inscrits sur le fil Ariane du ministère des affaires étrangères, nous adressons un message à l’ambassade de France afin de nous signaler. « Quel sens du timing », nous répond-t-on. Quarante-huit heures plus tard, le Japon annoncera fermer ses frontières.

À notre hôtel, douillet comme on imaginait un hôtel japonais, nous dormirons quatorze heures d’affilée. De quoi commencer à évacuer tout le stress accumulé. Nous voici donc « réfugiés » au pays du soleil levant. Pour trois semaines, si l’on respecte notre itinéraire. Pour bien davantage, si la « guerre » vient à durer…

On dit souvent qu’un tour du monde est le voyage d’une vie. Avec la crise du coronavirus, cette phrase prend désormais un nouveau sens pour nous.

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5 commentaires sur “Tour du monde pendant le coronavirus : poursuivre ou rentrer ?

  1. Bonjour les backpackers,

    J’espère que le COVID-19 ne vous aura pas enlevé le virus du voyage (un peu d’humour n’a jamais fait de mal😄), je pense que vous faites bien de poursuivre votre tour du monde pour que vous puissiez aller jusqu’au bout de cette expérience unique (même si cela ne doit pas être facile pour la logistique notamment), mais comme vous le dites si bien vous en reviendrez différent et c’est ce qui compte au final !

    Prenez bien soin de vous…

  2. Finalement vous êtes chanceux : vous pouvez vous balader à souhait, et nous ici on ne peut même pas profiter de ce beau ciel bleu qu’on a en ce moment. Donc vous avez eu raison de ne pas rentrer. Profitez en bien surtout. À bientôt

    1. Je pense que le Japon n’est pas le pire pays « refuge » actuellement !
      A priori, les japonais sont mieux préparés (hélas ils en ont vécu tellement) pour organiser un confinement et prendre des mesures. Ici trop de choses contradictoires et du coup je pense que l’on perd du temps.
      Rentrer serait sûrement très difficile de toute façon !
      Prenez soin de vous ! Bises à vous deux

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