San Cristobal de Las Casas : l’autonomie pour religion

C’est à San Cristobal de Las Casas que nous comprenons le sens des États-Unis mexicains. Dans cet état maya, on se bat depuis trois décennies pour affirmer ses différences et obtenir l’autonomie. Si la lutte armée a été abandonnée, la lutte culturelle se poursuit et remporte un certain succès.

[Récit de notre séjour à San Cristobal de Las Casas du 29 septembre au 2 octobre 2020]

Les bus de nuit, quand ils sont confortables, ont cet avantage de vous propulser d’un univers à l’autre en un claquement de soute à bagages. Hier après-midi, nous avions encore les pieds dans le sable de Zipolite. À la tombée du jour, nous montions à bord du bus dans la moiteur de la gare routière de San Pedro Pochutla. Vitre teintée, siège rembourré, estomac plein, relatif silence : nous ne tardions pas à fermer les yeux pour ne plus les rouvrir du trajet.

On nous secoue l’épaule une dizaine d’heures plus tard. Ce signal, nous le connaissons bien. Il déclenche chez nous des gestes automatiques. Nous rassemblons d’un coup de bras les affaires que nous avions laissées éparpillées sur nos genoux, nous nous levons pour remonter l’allée centrale, nous remercions le chauffeur d’une voix engourdie par le trop plein de climatisation, nous descendons d’un pas mal assuré la poignée de marches qui rejoignent le bitume, nous récupérons nos sacs à dos dans la soute. Après tant de bus de nuit éprouvés en Asie, nous pourrions faire tout cela les yeux fermés. Peut-être, d’ailleurs, avons-nous les yeux fermés ?

San Cristobal de las Casas depuis l'Iglesia de San Cristóbalito
San Cristobal de Las Casas depuis l’Iglesia de San Cristóbalito

Une ville qui dort encore

C’est généralement à cet instant précis que nos cerveaux se rebranchent, que nous nous rappelons soudain où nous étions, ce que nous faisons, où nous allons. À cet instant, on prend conscience du nouvel univers qui nous entoure : ici le froid, l’humidité et la semi-pénombre d’un soleil qui se cache toujours derrière la ligne d’horizon. Il est 5 heures, Pierre et Matthieu s’éveillent. Nous arrivons à San Cristobal de Las Casas, la capitale culturelle de l’État du Chiapas.

Nous sommes encore à deux kilomètres de notre hôtel. Un instant, nous envisageons de prendre un taxi. Mais quitte à être réveillés, autant faire le chemin à pied. C’est beau, une ville qui dort encore. Nous avons prévenu la propriétaire que nous arriverions tôt, nous ne pensions pas aussi tôt que cela. Espérons qu’elle soit levée.

Nous avons à traverser tout le centre historique, une ligne droite quasi parfaite ceinturée des anciennes demeures des colons espagnols, toutes basses, toutes aux murs peints de couleurs vives, toutes effritées par les siècles, toutes salies par la pluie et la boue qui semblent ne jamais vraiment quitter les lieux. Leurs lourds volets en bois sont encore fermés. La rue n’est occupée que par les marginaux qui n’avaient pas d’autres lieu où passer la nuit, enroulés dans de vieilles couettes en laine reprisées ; la moitié du corps posée sur un pas de porte trop étroit, l’autre à même la chaussée ruisselante.

Une rue de San Cristobal de las Casas
Le Barrio del Cerrillo

Petit déj’ au marché

Nous atteignons le Barrio del Cerrillo, perché sur une petite colline qui se détache du reste de la ville. Numéro 2 rue de Tuxla. Une cloche fait office de sonnette. On la secoue délicatement, avec l’appréhension de ceux qui craignent de réveiller tout le quartier. La lourde porte en bois reste close tandis que la bruine perce une à une les couches de nos vêtements. Au diable, les pincettes. Nous agitons frénétiquement la chaine métallique. Dong. Dong. Dong… Dong. Dong. Dong… Non, l’église n’appelle pas à la messe : c’est nous, qui voulons entrer au sec !

Cliquetis. La serrure se déclenche. La porte baille et dévoile une jeune femme dont il ne fait aucun doute qu’elle dormait l’instant d’avant. Elle ne nous pose aucune question – « nous verrons les formalités plus tard » -, sort la première clef qu’elle trouve dans le tiroir de la réception et nous emmène jusqu’à la chambre. « Bonne nuit, à tout à l’heure. » Comme nous avons déjà dormi, nous nous contentons d’abandonner nos sacs sur le sol et de nous décrasser sous une bonne douche chaude. On se change aussi, il est temps d’admettre les nouvelles conditions météo et les 2200m d’altitude. Puis on ressort dénicher un petit-déjeuner.

Matthieu a repéré un marché à trois pâtés de maison. C’est le cadre qu’il préfère pour le petit déj’ : une dame entourée de marmites qui mijotent, une planche de bois et deux tréteaux formant une table de fortune, un bol fumant qu’on nous tend d’une main tandis qu’on nous indique de l’autre le pot à couverts. Rien que d’y penser, cela le met en appétit. Généralement, les marchés ont aussi le mérite d’être les premiers ouverts. 

De bon matin au marché municipal de San Cristobal de las Casas
De bon matin au marché municipal de San Cristobal de Las Casas

Comme des géants

On en a vite confirmation. Bien qu’il ne soit que 7 heures du matin, les commerçants ont déjà monté leurs stands et les allées sont pleines de vie. Dans ce labyrinthe de légumes, de plantes, de viandes et de fromages, nous réalisons que nous venons d’atterrir dans un Mexique très différent de celui que nous commencions à connaître.

« Les gens sont tout petit ! » La surprise est telle que Pierre lâche la réflexion à haute voix. C’est un cri du cœur. Alors que d’ordinaire, nous avons l’habitude de lever les yeux pour nous adresser à nos interlocuteurs – on ne dépasse pas, l’un comme l’autre, 1m75 – ici nous sommes devenus des géants. Parmi les nombreuses personnes qui nous entourent, rares sont celles qui font plus d’1m50 : une tête de moins que nous !

Ces personnes ont la peau plus brune que celle des Mexicains rencontrés jusqu’à lors. Leurs traits sont marqués par la rigueur du climat et par le travail des champs. Les tenues sont rustiques : des vestes blanches pour les hommes, des jupes noires pour les femmes, toutes fabriquées à base d’une laine épaisse et ébouriffée. Ils portent le chapeau, elles portent le châle. Elles ont aussi souvent un enfant fixé dans le dos en bandoulière, entièrement dissimulé dans un sac en tissu. Tous se détournent mécaniquement de notre appareil photo dès qu’ils l’aperçoivent de peur qu’il vole leur âme.

En discussion

Rencontre avec les Tzotzils

Ce sont des Mayas tzotzils. Ils représentent un gros tiers de la population locale et sont farouchement attachés à leur identité. Leur langue est parlée par un demi-million de personnes dans cette partie du Chiapas – un nombre de locuteurs qui ne cesse de progresser depuis un siècle – qui n’ont que ponctuellement recours à l’espagnol – un quart d’entre elles ne le parle même pas. Les Tzotzils se distinguent aussi par leur pratique du culte catholique : un syncrétisme de traditions païennes et du rite arrivé d’Espagne.

Peu de Tzotzils vivent dans le centre de San Cristobal de Las Casas. Ils se rendent en revanche chaque matin au marché municipal depuis leurs villages, pour vendre ou troquer les produits de leurs cultures. Dans les rues alentours, qui servent de parkings aux colectivos, on les voit sans cesse débarquer et embarquer dans les minibus avec leurs marchandises. Un caldo de poulet avalé dans un coin du marché, nous ne résistons pas à poursuivre le petit déj’ par un café en terrasse afin d’observer d’un œil curieux toute cette agitation.

Tandis que nous partons découvrir les monuments de la vieille ville, nos pas nous ramènent invariablement aux Tzotzils. Au détour d’une visite du musée de l’ambre – les principales mines d’ambre du Mexique sont aux environs de San Cristobal de Las Casas, nous sommes désormais experts pour distinguer le « vrai » ambre du « faux » – nous pénétrons dans l’Iglesia de la Merced. L’intérieur de l’édifice semble désert. Nous papillonnons en observant les vitraux et le mobilier jusqu’à repérer une porte sur le côté droit de la nef. Une forte odeur d’encens s’en dégage. On entend psalmodier. Ce doit être une chapelle.

Pause café

Baptême chamanique

Nous poussons doucement la porte pour ne pas interrompre la prière des fidèles. Nous tombons alors nez-à-nez avec une scène extraordinaire. Une famille de Mayas est debout au centre de l’espace : deux parents portant leur nouveau-né à bout de bras. Face à eux, un vieillard aux allures de sorcier, couvert de frusques bigarrées, les mains surmontées de mitaines et la tête couverte de longs cheveux blancs hirsutes. Il nous a vus arriver mais ne s’en émeut pas. Au contraire, il décoche un petit sourire qui nous fait comprendre que notre présence est acceptée. 

Nous nous logeons dans un angle, en spectateurs silencieux. Le mur est noirci par la fumée des dizaines de velas qui se consument. Le toit de tôle est percé par endroits. À gauche, une grille donne sur la ruelle. Nous sommes dans l’église sans vraiment y être. Et ce qui se joue là est catholique sans vraiment l’être. 

Le chaman saisit une petite bouteille en plastique remplit d’un liquide cristallin que nous ne parvenons pas à identifier – peut-être n’était-ce après tout que de l’eau. Il vide une gorgée dans sa bouche qui en devient toute ronde, se place au plus près du bébé puis lui crache à la figure. Suivent quelques incantations dont nous ne comprenons rien. La cérémonie terminée, l’ambiance se détend. Au moment de quitter la pièce, nous avons même droit à de chaleureux saluts de la tête.

Place de la cathédrale

Là où l’eau est épaisse comme la boue

Ces quelques minutes restent figées dans nos esprits tandis que nous continuons d’arpenter les rues pavées. Notre curiosité a été piquée au vif et nous sommes résolus à poursuivre notre rencontre avec ce peuple singulier. Alors, le lendemain, retour aux abords du marché pour sauter dans l’un des colectivos qui font l’aller-retour jusqu’aux villages. Notre destination : San Juan Chamula, 3.300 habitants, berceau de la foi tzotzil.

Le véhicule nous laisse à l’embranchement de la route principale, en surplomb de la commune. À première vue, rien n’est très différent de San Cristobal de Las Casas : des maisons basses, des toits en tuile, des rues tracées en damier au sol invariablement bruni par la terre – selon certains, « Chamula » signifierait « là où l’eau est épaisse comme la boue » – et une grande place bordée par une église blanche et verte à l’architecture coloniale.

Mais plus on approche, plus le panorama change. La population de Chamula se compose à 95% de Tzotzils. Quand leurs traditions sont noyées dans la foule de San Cristobal de Las Casas, elles s’affirment ici haut et fort. Les Tzotzils se sont successivement opposés à la colonisation espagnole et à leur assimilation dans les « États-Unis mexicains ». Encore aujourd’hui, le visiteur, qu’il soit Mexicain ou Français, est avant tout un « étranger » à qui l’on fait comprendre du regard qu’on le tolère sans l’accepter, qu’il peut flâner un peu mais doit rester discret.

Le parvis de l’église de San Juan Chamula

Une église pas comme les autres

À Chamula, pas de police fédérale, les habitants vivent en auto-gestion : la communauté organise la sécurité des lieux, fixe ses propres lois et décide des sanctions à appliquer aux contrevenants. Il en va de même pour la pratique du culte. Le dernier curé catholique venu apporter la bonne parole a été chassé en 1867. Depuis, les Tzotzils ont établi leur propre clergé. L’évêque de San Cristobal de Las Casas n’est admis dans le village qu’une fois par an, le temps de baptiser les enfants.

L’église espagnole construite en 1522 a été conservée mais entièrement réaménagée. Les étrangers peuvent y accéder en achetant un « ticket d’entrée » auprès des hommes qui gardent le parvis. On s’exécute et on remise l’appareil photo dans le sac : il est strictement interdit de l’utiliser. On pénètre dans l’édifice comme on passerait une porte temporelle. Rien n’a changé ici depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Il faut quelques minutes à nos yeux pour s’habituer à l’obscurité. Il n’y a presque aucune lumière naturelle : des draps sont tendus au plafond, les vitraux sont opaques, l’éclairage se fait essentiellement aux bougies qui amplifient les ombres et marquent les visages. Un homme à tout faire décroche patiemment la cire qui se répand partout. On respire une forte odeur de fumée. Les murs sont tâchés d’une épaisse couche de suie. Un tapis d’aiguilles de pin encore vertes recouvre le carrelage. Le faste colonial a été entièrement effacé. Il ne subsiste plus la moindre dorure, presque aucun mobilier, pas même de bancs : les fidèles prient debout ou assis sur le sol.

Porte temporelle

Bois ton Coca, mon fils

Des dizaines de statues de Saints aux mains coupées entourent la nef, un miroir pendu à leur cou reflète l’âme du croyant. Chaque Saint a son bienfait : l’un assure la réussite au travail, l’autre la fidélité de l’être aimé… On le récompense en le décorant de rubans colorés. Dans le choeur, ce n’est pas Jésus crucifié qui a la place d’honneur mais Jean Baptiste, le Saint patron des Tzotzils.

Une vingtaine de personnes sont présentes par petits groupes, généralement en arc de cercle autour d’un chaman, comme nous l’avions vu la veille à la Merced : des parents avec leur enfant, des familles qui espèrent une guérison ou se recueillent après la mort de l’un des leurs. Les chamans caressent leur corps avec un œuf, crachent sur des rameaux qu’ils frottent sur leurs visages.

Plus étonnant encore : les fidèles sont invités à roter pour expier leurs pêchés. Pour s’y aider, la tradition veut qu’ils ingurgitent du pox (ou posh), un alcool aux propriétés purifiantes. La mondialisation faisant malgré tout son chemin, il est de plus en plus souvent remplacé par du soda. À notre droite, une mère sermonne justement son enfant pour qu’il termine au plus vite sa bouteille de Coca.

Les croix verts des Tzotzils

Cou de poulet

Plus loin, nous sommes interpellés par le caquètement de poules. Nous ne l’avions pas remarqué jusque là : plusieurs groupes ont avec eux un sac en toile qui renferme un volatile. Pour obtenir une guérison, il est courant de le sacrifier dans la nef de l’église. Sentant peut-être sa fin approcher, l’animal d’abord silencieux s’agite de plus en plus que la cérémonie avance. Il n’a pas le temps de se débattre que son cou craque entre les mains de son propriétaire qui le transperce l’instant d’après avec la lame de son couteau.

Il est 13h, nous revoilà sur le parvis à admirer les immenses croix vertes des Tzotzil – nous en ramèneront une, miniature. Des hommes escaladent la façade pour faire sonner les cloches. Tout le village se fige. Les habitants se tournent vers l’église et se signent. On termine au marché autour d’un café aux grains juste moulus. « Ils sont cultivés à deux pas d’ici », nous indique la marchande avec fierté, tandis que sa petite fille nous regarde avec les grands yeux ronds de celle qui n’avait jamais vu d’étranger.

Cette autonomie des Tzotzils reste une bataille de tous les instants. Il n’est pas rare que la commune se barricade en guise de protestation contre l’État central. Alors que nous partons visiter le village voisin de Zinacantán, il nous faut finalement renoncer. La route est bloquée par des paysans en colère. Une dizaine de pick-up de policiers lourdement armés nous dépassent. On sent que cela va tourner au vinaigre. Pas de regret, la journée a déjà dépassé ce qu’on aurait pu imaginer.

Un couple sur la place principale de San Juan Chamula
Un couple sur la place principale de San Juan Chamula

La ville du « nous »

Retour à San Cristobal de Las Casas. La bruine nous lèche le visage pour célébrer les retrouvailles. Nous nous mettons en quête d’activités d’intérieur et atterrissons au Musée de la médecine maya, un centre communautaire qui assure des soins aux populations locales tout en présentant aux curieux les plantes de la région et leurs propriétés. Trois salles en enfilade à la scénographie fatiguée où se mêlent végétaux séchés et mannequins de cire en tenues rituelles. Les gérants sont heureux de voir enfin deux voyageurs passer la porte : le registre où nous inscrivons nos noms prend la poussière depuis le début de la pandémie.

« Communautaire », ce mot revient régulièrement pendant notre visite de San Cristobal de Las Casas. Dans cette ville, le « nous » collectif remplace le « je » individualiste. Cet état d’esprit aujourd’hui résolument flower-power est l’héritage de trois décennies de lutte autonomiste de l’Armée zapatiste de libération nationale. Initiée par les Indiens du Chiapas, avec pour leader le sous-commandant Marcos, elle visait à dénoncer les faux semblants de la société mexicaine : côté pile, l’image d’une nation métis parfaitement fraternelle, côté face la réalité d’un racisme structurel à l’égard des peuples autochtones contraints à l’assimilation ou à la marginalité, et premières victimes de la pauvreté. 

L’événement fondateur fût « la prise de San Cristobal », le 1er janvier 1994. En plein nouvel an, un millier d’insurgés s’emparent du Palais de Justice et de l’Hôtel de ville, puis dressent des barricades aux entrées de la commune. Ils quittent les lieux vingt-quatre heures plus tard sous la pression de l’armée mexicaine. Déjà la légende est née. Les zapatistes déclarent la guerre au gouvernement fédéral, des villages annoncent leur indépendance, de nouvelles organisations sociales voient le jour dans la région, en Europe les altermondialistes en font un symbole… 

Maisons coloniales dans le centre de San Cristobal

Crochet ciné

Mais très vite le souffle retombe. Mal équipées, peu nombreuses, acculées par la contre-offensive de l’État mexicain, les troupes du sous-commandant Marcos sont rapidement contraintes de se replier dans la Selva Lacandona, à la frontière du Guatemala. Tout en poursuivant officiellement la lutte jusque dans les années 2000, elles ne quitteront plus jamais la jungle. Cet échec militaire cache néanmoins une victoire dont nous n’avions pas conscience avant de découvrir San Cristobal Las Casas. Le rêve d’autonomie et d’autodétermination des zapatistes a profondément et durablement transformé la société chiapaneca.

À San Cristobal de Las Casas, les habitants semblent bien peu attendre du pouvoir central et préfèrent avancer en commun. Il est aisé de trouver des centres de soins, des écoles, des fabriques agricoles ou artisanales organisés en coopérative. Les centres culturels et autres lieux alternatifs autogérés font florès. On peut y pratiquer toutes sortes d’activités artistiques et sportives, s’initier, se former, bien souvent gratuitement. En découle, partout dans la ville, un vent certain de créativité et de revendications qui s’expriment à grands renforts de banderoles et de graffitis. 

C’est ainsi qu’on se retrouve au centre culturel Kinoki. Son joli café est adossé à une salle de ciné qui diffuse chaque fin d’après-midi un documentaire. Nous sommes seuls sur les fauteuils rouges, le coronavirus étant passé par là. Le projectionniste nous offre un sachet de pop-corn pour cette séance collective devenue séance privée. À l’affiche : Brimstone & Glory, qui nous renvoie dans la banlieue de Mexico.

Jeunes femmes discutant avec une vendeuse de vêtement

On suit le quotidien d’un enfant de Tultepec, la capitale autoproclamée des feux d’artifice. Là-bas, trois quarts des gens vivent de l’industrie pyrotechnique. Chaque maison abrite une fabrique artisanale où s’entassent les produits inflammables et les barils de poudre. Le doc retrace la préparation du festival annuel, avec la construction de « castillos » de trente mètres de haut et de centaines de « toritos » en papier mâché, le tout truffé de fusées qu’on déclenche lors d’une fête complètement déjantée où l’on boit autant que l’on risque sa vie.

L’aventure est au bout du Chiapas

Dehors, la bruine nous attend toujours. Nous sautons donc de maison en maison. Notre nouveau refuge : El Caldero, un restaurant spécialisé dans les caldos, ces soupes toujours généreusement garnies. On nous sert de bons plats d’hiver qui réchauffent l’estomac : un Caldero, où se mêlent fromage, haricots rouges et viande de porc, et un Mondongo, truffé d’abats. Pour allier digestion et poursuite des découvertes, nous terminons à la Posheria. 

Ce bar de poche se spécialise dans le pox, le fameux alcool cérémoniel des Tzotzils. On commande un verre, puis deux, tout en se faisant expliquer par le patron le processus de distillation. Sa version cérémonielle atteint tout de même les 53°… On se souviendra simplement qu’il se compose de maïs et de sucre de canne. Et qu’il est très bon en cocktail !

Dans un colectivo en direction de Chiapa de Corzo

Est-ce le mysticisme des Tzotzils, l’esprit révolutionnaire des Zapatistes ou simplement le charme des montagnes : cette étape à San Cristobal de Las Casas nous a convaincus de revoir notre itinéraire pour nous attarder au Chiapas. Après quatre jours ici, nous partons résolus vers le Sud, la route frontalière du Guatemala et la Selva Lacandona. On dit que s’y trouvent des Indiens tout habillés de blanc qui inspirèrent Hergé pour l’Oreille Cassée. Il y a là une promesse d’aventure qui vaut bien quelques détours.

Notre coup de cœur

Le canyon de Sumidero. Pour échapper à la pluie et au froid, direction le charmant village de Chiapa de Corzo et sa très belle fontaine mauresque de 1562. Après une brève visite de son centre endormi, on embarque sur une lancha rapide pour remonter le rio Grijalva et s’engouffrer dans l’impressionnant canyon de Sumidero. Au pied des falaises, on aperçoit singes araignée et crocodiles. Puis on parvient au clou du spectacle : El Arbol de Navidad, une cascade de 250m de haut au pied de laquelle la mousse et la roche forment un étonnant sapin.
Prendre un colectivo pour Tuxtla puis descendre au carrefour de Chiapa de Corzo. Un second colectivo amène en centre-ville. Compter une heure de route.

Au pied de l’Arbol de Navidad

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