Nos premiers pas en Thaïlande

À chaque nouvelle étape, le regard croisé sur nos premiers pas. La première impression est-elle la bonne ? Démontrons le contraire ou confirmons la règle. Quatrième pays : le royaume de Thaïlande.

[Récit de notre arrivée en Thaïlande le 7 décembre 2019]

Le statut de la liberté (par Pierre)

Une énorme statue de bouddha doré posée sur une île au milieu d’une baie. Telle Miss Liberty à New York, ce monument accueille les visiteurs en provenance de Birmanie. Tel un symbole d’émancipation (et de soulagement pour nous), la figure souriante du fondateur du bouddhisme nous souhaite la bienvenue. Étrange de se dire qu’un site religieux (dont la seule vocation est de démontrer au monde que la Thaïlande est un royaume pieux) puisse devenir synonyme de liberté. Liberté non pas pour nous (même si l’austérité birmane nous a profondément changés) mais pour les minorités du Myanmar qui cherchent l’asile ici.

C’est par la mer que nous franchissons la frontière thaïlandaise. À bord d’une petite barque à moteur brinquebalante, nous partageons nos bancs avec une petite demi-douzaine de Birmans. La coquille de noix manque de chavirer à chaque remous. Nous descendons des bâches de part et d’autre de l’embarcation. Une jeune femme porte un parapluie à l’avant pour se protéger des vagues. Nous fonçons vers la Thaïlande depuis le port birman de Kawthaung.

Tout change dès la frontière, dès la statue du bouddha doré. La barque s’arrête devant un poste militaire posé sur le rivage, à mi-chemin entre les deux côtes. Nous nous apprêtons à montrer nos passeports dûment tamponnés par la police birmane. Mais non, le capitaine du bateau nous fait signe : « Seuls les Birmans sont contrôlés ». Rebelotte au véritable poste-frontière : les Birmans ont un guichet spécifique — l’immigration — tandis que nous, eh bien nous aurions pu passer la frontière sans nous faire viser le passeport si nous n’avions pas réussi à réveiller le préposé de service !

Nous ne sommes plus des « autres », des intrus. Si la Thaïlande contrôle aussi drastiquement les Birmans, c’est que l’immigration des minorités y est très importante. Mais pour les autres nationalités, c’est open bar. À Ranong, nous déposons le pied pour la première fois dans le « Pays des hommes libres » (c’est la traduction du nom du royaume en thaïlandais). Première vision : une supérette 7-Eleven. Réminiscence de notre voyage aux États-Unis il y a quelques années, cette simple enseigne me mettrait les larmes aux yeux : j’ai vraiment l’impression, même si c’est ridicule, de me retrouver (enfin) dans un pays ouvert sur le monde.

Nous sommes assez peu d’Occidentaux à passer la frontière à cet endroit-là et on se retrouve assez vite dans le bain thaïlandais avec force photos du rois partout dans les rues, sur les places, sur des portiques enjambant les avenues… Et puis tout semble plus simple : acheter une carte SIM dans une boutique du coin, commander un thé thaï glacé et orange, réserver un bateau pour rejoindre notre première destination… Le tout, avec un sens de l’accueil que nous avions perdu depuis l’Indonésie et un sourire. Tout cela est-il sincère ou est-il feint ? La suite de notre aventure nous le dira !

En barque entre la Birmanie et la Thaïlande

Du bus de l’enfer à l’île paradisiaque (par Matthieu) 

Après seize heures dans le bus de l’enfer, à tenir d’une main l’assise de mon siège pour qu’elle ne se disloque pas, à tenir de l’autre le dossier pour qu’il ne s’affaisse pas, nous arrivons enfin à Kawthaung, ville la plus méridionale de Birmanie. On prend un tuk-tuk entre la gare routière et le port avec trois Allemandes particulièrement heureuses de quitter le pays. On s’arrête dans un bureau de change improvisé pour solder nos kyats et acquérir des baths. Et on fait tamponner nos passeports. Nous voilà dans le bateau pour la Thaïlande. 

Enfin, bateau… Plutôt une barque crasseuse en bois, d’à peine quatre mètres de long, bien plus vieille que celui qui la conduit. Ses lattes craquent à notre montée à bord. Je me demande si elle parviendra vraiment à franchir l’estuaire large et capricieux qui fait office de frontière. Nous la partageons avec quatre Birmans à la mine inquiète. Et avec quelques caisses de marchandises. Nous sommes recouverts d’une bâche en plastique censée nous abriter de l’embrun. Elle nous donne surtout l’apparence de passagers clandestins. Je ne me fais pas répéter deux fois la consigne d’enfiler un gilet de sauvetage. Même si lui aussi est totalement hors d’âge.

Pierre a l’air plus serein que moi. Parce qu’il a mieux dormi ? Ou parce qu’il n’est pas assez réveillé ? Lorsque nous nous engageons sur la mer agitée, je me fredonne dans la tête la devise de Paris. Fluctuat nec mergitur. Il est battu par les flots mais il ne sombre pas. Cinq minutes que nous naviguons, il en reste encore quarante à tenir… 

À mi-parcours, nous faisons halte sur un îlot occupé par l’armée thaïlandaise. Les soldats nous saluent d’un grand geste de la main puis contrôlent avec minutie nos acolytes birmans. La Thaïlande tente de freiner depuis quelques années l’afflux de réfugiés. On reprend la grande traversée. Ça tangue mais ça ne coule pas. Un dernier bras d’eau. Cette fois, c’est bon : c’est la terre ferme. 

Changement immédiate d’ambiance. À Ranong, il y a de la décontraction dans l’air. Des gens sourient. Certains plaisantent entre eux. Du jamais vu depuis un mois. Même le policier qui contrôle notre identité, s’il ne décoche pas un mot, nous lance un regard accueillant. On entre dans une boutique acheter une carte SIM. La vendeuse nous crie un « hello » chaleureux. Elle ne parle pas anglais mais son collègue vient l’aider. Ils nous conseillent l’offre la moins chère de toutes celles affichées : un mois de data illimitée pour 6 euros. Simple, efficace, honnête.

Notre première étape sera l’île de Koh Phayam, à une heure de bateau. À l’embarcadère, toujours les mêmes sourires. En une minute les tickets sont pris. On nous propose de nous asseoir à une terrasse pour patienter, on nous donne aussitôt le code WiFi, on nous sert à boire. Un menu est affiché en anglais et, contrairement à la plupart des menus en Birmanie, il précise les prix. Des prix raisonnables. Après avoir mangé un morceau, on se sent soudain plus léger que les jours précédents.

Comme prévu, une heure plus tard, après un trajet effectué cette fois dans un vrai bateau, nous atteignons Koh Phayam. Nous posons nos sacs dans une case sur pilotis à trois minutes de la plage, louée pour une bouchée de pain. « Pourquoi ne restez-vous que deux jours ? Restez plutôt toute la semaine », plaisante le proprio. À présent, nous n’avons plus qu’à profiter de ce petit bout de paradis.

Pas de doute, la Thaïlande est bien le pays du sourire. Un pays facile pour le voyageur. On ne va pas s’en plaindre. Bien au contraire 🙂

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