Delhi et ses deux mondes

Rajpath area, menant du palais présidentiel à la porte de l'Inde

Notre première rencontre avec l’Inde se fait à Delhi, où nous séjournons quatre jours. Avec ses seize millions d’habitants – huit fois la population de Paris – elle bouillonne. Nous y découvrons deux mondes bien distincts.

Il est presque 2h du matin lorsque nous foulons pour la première fois le sol de l’Inde. Un taxi nous conduit à vive allure de l’aéroport à notre hôtel. À cette heure, tout Delhi ou presque dort. Nous traversons les quartiers huppés qui concentrent les ambassades et bâtiments hérités de l’empire britannique pour parvenir aux quartiers populaires où vit l’immense majorité de la population.

Ce sont deux mondes distincts. Le premier avec ses avenues bien rangées, au bitume impeccable bordé de haies joliment taillées qui abritent d’imposantes demeures du regard. Le second, où nous avons décidé de loger, fait de terre boueuse, de fils électriques qui encombrent anarchiquement le ciel et de vendeurs ambulants qui dorment la nuit sur leur étale.

Notre hébergement se situe à Pahar Ganj, le quartier des routards. Ici, les petits hôtels abordables sont légion. Et dès que l’un d’entre eux a la cote, d’autres fleurissent au même nom. Sans notre chauffeur, nous n’aurions sûrement pas trouvé le nôtre à une heure si tardive, tant les rues s’entremêlent et l’éclairage public est rare. Un gardien nous accueille et nous conduit en baillant jusqu’à notre chambre. Elle est vaste et propre. Une bonne surprise, à 14 euros la nuit pour deux. 

Pahar Ganj à la tombée de la nuit

À pied, pour mieux vivre la ville

Nous consacrons notre première vadrouille à Old Delhi, quartier le plus ancien. Nous avons décidé de tout faire à pied, pour nous imprégner vraiment de ce qu’est cette ville.

On passe de ruelles en bazars, de temples en mosquées. À chaque pas une odeur différente, tantôt ennivrante, tantôt qui prend aux tripes. On mange sur le pouce. Pierre sera malade au bout du troisième repas. On ne sait jamais trop dans quoi on marche. On se cabre souvent, très souvent même, pour laisser passer les conducteurs de scooters et de rickshaw. Leurs klaxons résonnent sans fin, y compris dans les boyaux les plus étroits.

Pendant des heures, nous nous perdons. Nous réalisons que nous nous sommes jetés directement dans le grand bain, dans l’Inde la plus vibrante et tumultueuse. Nous en prenons plein les yeux, peut-être un peu trop parfois. Mais on aime ça.

Trafic « normal » dans une rue de Delhi

« Vous voulez faire une photo ? »

Nous quittons ce labyrinthe pour visiter le Red Fort, une citadelle aux murs hauts de 35 mètres et longs de 900 mètres. Elle fait figure d’emblème local et de principal monument touristique.

La veille, jour de fête nationale, c’est ici que le premier ministre Modi a choisi de prononcer son discours. Il en reste encore des milliers de chaises en plastique soigneusement alignées et les décombres de gigantesques compositions florales aux couleurs de l’Inde : vert, blanc, orange.

A peine arrivés sur l’esplanade, nous nous faisons arrêter par des passants. « Vous voulez faire une photo avec nous ? » Le jeu et la superstition veulent que les Indiens se prennent en photo avec les occidentaux qu’ils rencontrent. Nous poserons une vingtaine de fois en une heure avec des inconnus, souvent des enfants placés à nos côtés par leurs parents. Cela rend tout de suite les Indiens accueillants. 

L’entrée du Red Fort

L’hospitalité comme art de vivre

L’hospitalité des Indiens, nous la voyons surtout aux nombreuses conversations qu’ils engagent avec nous. Chaque occasion s’y prête. Dans certains pays, cela vise généralement à ce que l’on achète quelque chose. En Inde, le plus souvent, il ne s’agit que de nous renseigner et de discuter.

Alors que nous nous installons pour dîner, deux jeunes indiens nous demandent de but en blanc s’ils peuvent se joindre à nous. Nous acceptons et les voici attablés à nos côtés, pendant deux heures, à nous raconter leurs vies, leur pays, leurs espoirs. Devant un café, un homme vient nous dire son amour pour Paris et Marseille (deux viles “pas loin l’une de l’autre” pour lui). Sur le quai de la gare, notre voisin de banc nous raconte son entreprise de vêtements pour enfants.

A peine aurons-nous terminé d’écrire cet article dans le train qui nous mène à Agra que trois agents d’entretien viendront débattre avec nous des différences entre Hindouisme et Christianisme, au point que nous en oublierons notre arrêt. Cette hospitalité et cette générosité viennent adoucir le choc culturel, qui n’en reste pas moins fort.

Une rue de Delhi après une averse de mousson

Le sommeil, soupape de décompression

Voir des mendiants faire la queue à genoux devant un restaurant pour recueillir leur obole, croiser à deux pas une vache qui croule sous les offrandes, entrer dans des bars de musique “live” où on lance des billets au visage de l’artiste pour qu’il intéprête une chanson, cela déroute, interpelle, fatigue aussi.

Depuis notre arrivée en Inde, nous dormons douze heures par nuit, un temps nécessaire à nos corps et nos esprits pour “digérer” la journée.

Nos coups de coeur

Dormir. On a aimé le Backpackers Heaven, situé dans une rue calme du quartier très animé de Pahar Ganj. Chambres spacieuses et bien équipées, équipe disponible et sympathique (qui se rappellera de nous lorsque nous reviendrons deux mois plus tard). Tarif raisonnable pour ce niveau de confort (14 euros la nuit à deux). L’emplacement est parfait pour rayonner à pied dans les quartiers historiques de la ville. Le métro est également à deux pas pour visiter les quartiers plus excentrés.

Visiter. Qûtb Minâr. A une quinzaine de kilomètres au sud du centre de Delhi, un ensemble mogol très bien conservé, dont un imposant minaret en gré rouge de 72m de haut et une colonne de fer datée du Ve siècle unique au monde. Et bien entendu les jardins de Rajpath, entre le parlement et la porte de l’Inde, où il fait bon déambuler en regardant les Indiens vivre leur vie.
Qûtb Minâr, Mehrauli, New Delhi (le plus pratique est de s’y rendre en métro puis d’aller en rickshaw de la gare au monument, à pied compter 25min de marche au bord d’une autoroute)

Dans les ruines de Qûtb Minâr

Vivre. Les quartiers de Nizamuddin West, face à la tombe de l’empereur Humayun, et de Chandni Chowk, au départ de la mosquée Jama Masjid. Des tourbillons d’habitants, commerçants, religieux, mendiants, où on prend le poul d’un Delhi résolument cosmopolite. 

Manger. Le Khosla Cafe, pour déguster un bon poulet grillé accompagné d’un verre de Lassi salé, et le Sita Raw Diwan Chand pour son chana bathura (plat pakistanais à base de pois chiche) que l’on mange debout contre une table en inox.
Khosla Cafe, 5124 Main Bazar Road (la principale artère de Pahar Ganj, bordélique à souhait)
Sita Raw Diwan Chand, 2243 Rajguru Road

Chez Khosla, Main Bazar

Boire. My Bar. Un bar blindé chaque soir de jeunes indiens survoltés, qui vident des litres de bière et sautent de leur chaise dès qu’une chanson leur plait.
5121 Main Bazar Road

Samedi soir à My Bar

Respirer. Les Lodhi Gardens. Ce vaste parc, dont la végétation cerne de belles ruines de l’empire mogol, est non seulement une bouffée d’oxygène mais aussi de romantisme. En fin d’après-midi, les rayons du soleil se faufilent entre les arbres et embrasent les vieilles pierres, tandis que les Indiens se détendent sur la pelouse, autour d’un pique-nique ou d’une partie de cricket. 

Lodhi Gardens un après-midi

Nos autres étapes en Inde

19 commentaires sur “Delhi et ses deux mondes

  1. Ca me rappelle tant de souvenirs que vous citiez Nizamuddin West sous « Vivre ». Le quartier était très plaisant, calme et bien situé. Et le mausolée de Humayun, les Lodhi Gardens *gros coeur*
    Delhi est incroyable. Elle est dure, se mérite mais quelle grâce dans ses vestiges moghols, et quelle histoire.

  2. Je dévore vos articles sur l’Inde qui me remémorent énormément de souvenirs (Delhi, Taj Mahal, Varanassi, etc.) et me donnent une furieuse envie de retourner en Inde. Hâte de lire la suite !

  3. Magnifique récit ! Merci à vous deux de nous faire partager votre rêve. Ce tour du monde va être un bonheur à suivre 💙 J’espère que l’estomac de Pierre va mieux 😉

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