Les piscines des sanctuaires de Lourdes : une expérience de bout du monde

Devant la grotte

Entre deux réservations de train en Inde, nous poursuivons notre tour de France familial. Lourdes, ville natale de Pierre, recèle de surprises comme les « piscines » des fameux sanctuaires de Notre-Dame.

Trente-deux ans. Cela fait trente-deux ans que Pierre est né à Lourdes (oui, merci, il ne les fait pas). Etre Lourdais, ce n’est pas forcément être une grenouille de bénitier. Ce n’est pas forcément entrer louveteau et sortir séminariste. Etre Lourdais, c’est avant tout s’entendre dire toute sa vie : « Mais y’a des vrais habitants à Lourdes ? » Et c’est surtout avoir conscience que l’on vient d’une ville unique au monde.

Avant d’entamer notre tour de la planète, on décide donc de découvrir des aspects méconnus de nos régions natales. Pierre connaît par cœur les sanctuaires de Lourdes. Mais il n’était jamais entré dans ce que l’on appelle les « piscines ».

Vue depuis le gave de Pau
Les sanctuaires et la grotte vus depuis le gave de Pau

« Allez boire à la fontaine et vous y laver »

On a tous entendu parler de l’histoire de Bernadette Soubirous (une comédie musicale très bien faite raconte en ce moment quelques épisodes de la vie de la sainte).

L’un des signes les plus fameux s’est déroulé le 25 février 1858 : au cours de la 9e apparition, « aquero » (« quelque chose » ou « quelqu’un » en patois local) demande à la jeune fille de creuser la terre à un endroit précis de la grotte. Soudain, une source se met à jaillir (encore visible aujourd’hui). La « Dame » ordonne alors à Bernadette d’aller « boire à la fontaine » et de s’y laver.

Depuis plus de 150 ans, des millions de pèlerins défilent au pied de la grotte des apparitions pour boire et ramener des bidons d’eau bénite à la famille.

Si l’on connaît bien ces fontaines reliées directement à la source découverte par Bernadette, on connaît un peu moins les piscines qui permettent de réaliser le deuxième geste : se « laver » à la fontaine.

« Les premiers seront les derniers »

A quelques mètres seulement de la grotte de Massabielle, nous patientons sous un préau assis sur des bancs en bois. Les hommes d’un côté. Les femmes de l’autre. C’est basique sans être austère.

Entre chants religieux et chapelets égrenés en boucle toute la journée, l’instant est au recueillement. Croyant ou pas, la visite des sanctuaires de Lourdes est une expérience qui rend différent au milieu des différences.

Valide ou pas, on vit en communion avec l’autre et, finalement, avec soi-même.

Même si Matthieu a trouvé le temps un peu long (on a patienté 2h30), la part de sacré prend rapidement le dessus. La file d’attente est assez aléatoire. Et on expérimente l’adage de Jésus : « Les premiers seront les derniers. » Des Sri-Lankais rient. Des enfants s’amusent, des personnes âgées sourient, des jeunes chantent. Sous notre auvent, nous sommes hors du temps.

Les cierges allumés par les pélerins
Les cierges allumés par les pélerins

Une rencontre impromptue

Il est justement temps d’entrer dans les piscines des sanctuaires de Lourdes. Nous ne savons pas du tout ce qui nous attend à l’intérieur. On patiente encore cinq minutes devant des rideaux rayés bleus et blancs (couleurs de la Vierge qui donnent des allures de station balnéaire démodée). Furtivement, une tête sort et une main nous fait signe d’approcher.

Nous arrivons derrière un paravent. Matthieu s’arrête. Face à lui, un collègue de la Ville de Paris, bénévole aux sanctuaires de Lourdes pendant une semaine ! Décontenancés, ils se vouvoient alors que le tutoiement était jusque là de rigueur entre eux. « Je savais que vous étiez à Lourdes, mais quelle surprise de vous retrouver ici ! »

C’est vrai que sur les flots de pèlerins, les passages aléatoires dans les piscines, les nombreuses possibilités de cabines où se changer, l’idée même d’aller aux bains ajoutée au hasard de tomber pile le jour où commence le bénévolat de son collègue, Matthieu avait assez peu de chance de tomber sur cette connaissance. « Marie ne doit pas y être pour rien », sourit le fonctionnaire parisien, qui commence à expliquer à ses collègues que nous partons faire le tour du monde.

Une baignoire remplie d’eau de source

Passé la surprise, le rite reprend. Nous sommes trois dans cette cabine fermée par de simples rideaux. Trois bénévoles nous aident à nous déshabiller. Et nous nous retrouvons en sous-vêtement.

C’est alors que les rideaux opposés s’ouvrent. Nous apercevons la fameuse « piscine ». En fait, une grande baignoire en pierre surmontée d’un crucifix. Matthieu entre le premier. Le rideau se referme derrière lui.

A l’intérieur de la petite pièce, trois bénévoles de trois nationalités différentes attendent, souriant là encore, dans le recueillement et la bienveillance.

« Vous êtes Français ? », nous demande-t-on. On nous propose alors de retirer notre slip (ou boxer pour les amateurs) derrière un tissu sombre et mouillé que l’on nous enroule autour de la taille.

Les deux autres bénévoles nous encadrent devant la piscine et nous aident à descendre une première marche. Les pieds dans l’eau, nous faisons un signe de croix. Puis un temps de silence. Nous sommes alors tenus par les bras pour descendre dans la baignoire remplie de l’eau de la source à 10°. Autant dire que nous n’entrons pas vraiment dans un jacuzzi. 🙂

« Quel est votre prénom ? »

C’est alors que calmement, sereinement, nous nous asseyons dans le bain. Puis, sans attendre, nous nous penchons en arrière, l’eau jusqu’aux épaules. Toujours soutenus par les bénévoles, l’expérience est intime. Unique. Nous nous sentons « lavés ». On se redresse. La peau fraiche. On nous demande si tout va bien. Et on nous propose de prier la Vierge et notre saint-patron : « Au fait, quel est votre prénom ? »

Nous ressortons sans nous sécher, car finalement nous sommes assez secs. Nous nous rhabillons et retrouvons l’air du jour. Il nous faut quelques longues minutes avant de reprendre nos esprits.

Le processus d’attente, les chants, la surprise de l’eau froide et la prière, ce calme et cette sérénité, cette expérience unique au pied des Pyrénées, dans la brume du Gave, c’est un moment que l’on peut classer à coup sûr parmi les moments marquants de notre vie.

Côté pratique

  • Les piscines des sanctuaires de Lourdes sont ouvertes tous les jours le matin à partir de 9h et l’après-midi à partir de 14h. Pensez à arriver avant l’ouverture, car elles sont vite complètes !
  • Pour voir à quoi ressemble les piscines des sanctuaires (et d’autres très beaux moments), ne manquez pas « Lourdes », le super documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai.

3 commentaires sur “Les piscines des sanctuaires de Lourdes : une expérience de bout du monde

Laisser un commentaire