Voyage dans la pieuvre Mumbai (1/2)

Devant le comptoir de Paulo Travels, notre compagnie de bus

Tout le monde se presse à Mumbai (ex-Bombay), capitale économique de l’Inde. Mais seize heures de bus (oui, 16 heures) nous seront utiles pour apercevoir enfin l’antre de la bête…

Nouveauté pour cette étape indienne : nous testons le bus de nuit ! Rendez-vous pris à 20h30 dans une gare routière de Goa. Il fait déjà nuit mais la petite ville semble agréable avec ses nombreux restos de quartier et son brassage de touristes, teufeurs, Indiens de passage et backpackers en transit.

Où est le bus ?

Dès notre arrivée, on vérifie l’emplacement de notre bus : « En fait, il n’arrivera qu’à 22h30 », nous informe un petit monsieur, accoudé au bureau de la compagnie. Deux heures à tuer avec nos sacs. Qu’à cela ne tienne : on en profite pour se prendre un plat de riz, des lollipops (petites cuisses de poulet grillées) et des pâtisseries gorgées de miel.

Puis on s’engouffre dans un bar sombre, sans musique. Ça change des bars de plage que nous venons de quitter ! Le patron nous sert deux Kingfisher. Elles nous donneront du courage pour affronter les 16 heures de trajet qui s’annoncent. C’est en tout cas ce que nous pensons à ce moment-là…

Deux Kingfisher pour patienter
Et de deux Kingfisher strong…

L’heure tourne, toujours pas de bus. Alors au passage de chaque car qui déboule en trombe sur la vaste place devant nous, on se précipite en dehors du bar pour vérifier l’immatriculation. C’est la seule info dont nous disposons pour retrouver notre véhicule parmi les dizaines qui arrivent et repartent chaque quart d’heure.

Et puis, le petit bureau de la compagnie décide de fermer ses portes. Pas vraiment rassurant… On boit cul-sec nos 650 ml de bière. On retrouve un Indien qui lui non plus ne sait pas où est son bus. Il prend le même que le nôtre. Ça nous rassure dans un sens. Nous ne sommes pas les seuls à l’attendre. Mais ça nous inquiète aussi : si un habitant du coin semble aussi perdu que nous, c’est qu’il y a peut-être un problème…

Enfin, nous entendons des trompettes retentir de l’autre côté de la gare : un bus, célébrant son arrivée triomphale, klaxonne à tout-va afin de prévenir les derniers passagers. C’est lui !

À notre montée dans le bus
À notre montée dans le bus

Goa/Mumbai : Voyage au bout de la nuit

Nous entrons alors dans un de ces fameux bus de nuit. De part et d’autre du couloir, des rangées de couchettes superposées, fermées par de simples rideaux. À notre passage, seuls les yeux de nos compagnons de voyage sortent de l’échancrure. Des regards exclusivement masculins, sourcils noirs, parfois on aperçoit une moustache virile qui ne trompe pas. Des tongs et des baskets, jonchent le sol. Nous les enjambons et trouvons notre banquette.

On monte une petite échelle. On place nos sacs dans un porte-bagage au-dessus de nos pieds. Le bus démarre. La bière commence à faire son effet. On a une couverture à disposition. La clim crache bruyamment son air froid. Et la carcasse du véhicule se dandine à travers la ville.

Lumière tamisée. Bruit de la carlingue. Les pneus craquent sur chaque infortune de la route. On est obligé de se coucher sur le dos pour ne pas basculer dans l’allée centrale et tomber d’un étage. La couchette est large, trop large. Mais courte, trop courte. Si bien qu’on ne peut jamais être totalement allongé.

Nos sacs et nos chaussures en équilibre précaire
Nos sacs et nos chaussures en équilibre précaire

Réveillés à coups de sacs

Est-ce la bière maintenant ou la route qui tourne ? On vibre de toute part. Les sacs tombent sur nos pieds. Une fois. Deux fois. On somnole. Les sacs tombent une troisième fois. On ne dort plus.

Matthieu tente alors un exploit : il se redresse et amarre les sacs l’un à l’autre. Pierre est sceptique. Il songe même à aller se poser dans la cabine du chauffeur. Mais les sacs ne tomberont plus de la nuit. Le roulis se poursuit malgré tout. On pense à Tintin et à ses compagnons, allongés dans leur fusée, qui s’évanouissent au décollage de leur engin…

La fatigue l’emporte néanmoins au bout d’un moment. On s’endort sans conscience de l’heure et du lieu dans lequel on est trimballé.

Vers 10h du matin, à une centaine de kilomètres de Mumbai

Des anonymes dans la ville

Réveillé par les sonneries bollywoodiennes du portable de notre voisin de couchette, Pierre ouvre un oeil. On devait arriver à 9h. Il fait jour. Matthieu, déjà réveillé et plutôt frais, lui annonce qu’il est en fait 13h. On est en plein embouteillage à l’entrée de Bombay. Il faut s’imaginer que « l’entrée de Bombay », c’est un peu comme si on disait qu’Auxerre était la banlieue de Paris (la pollution en moins).

Le second oeil de Pierre s’ouvre alors plus vite que le premier. D’autant que le contrôleur vient à ce moment-là ouvrir notre rideau et nous faire signe de descendre au plus vite : « C’est ici qu’on s’arrête ! Le bus ne va pas plus loin ! », essaie-t-il de nous faire comprendre dans un langage mi-hindi, mi-anglais. Sauf qu’on est encore à 10 kilomètres de notre destination…

La tête tombante, le soleil brûlant le visage, l’agitation qu’on n’avait pas revu depuis près d’une semaine, les voitures, les rickshaws et les camions… On se retrouve au pied du bus, nos sacs à nos pieds, submergés par l’une des plus grandes villes du monde : vingt millions d’habitants (oui, 20 millions d’habitants) au dernier comptage !

Les tentacules de la pieuvre commencent à nous enserrer. On comprend très vite qu’ici on sera anonyme. Et ça ne nous déplaît pas.

Les embouteillages de Mumbai dissuadent notre chauffeur d'aller plus loin
Quelques minutes avant d’être jeté hors du bus

Notre coup de gueule

Se déplacer. Evidemment, la compagnie de bus Paulo Travels dont nous parlons dans cet article n’est pas à recommander. Personnel à la limite du désagréable, véhicule peu confortable, trajet chaotique et arrivée très loin de notre destination (pour laquelle nous avions pourtant payé le billet). On vous la déconseille avec d’autant plus d’assurances que nous avons pris par la suite d’autres compagnies qui se sont avérées beaucoup plus fiables.

8 commentaires sur “Voyage dans la pieuvre Mumbai (1/2)

  1. J’adore vous lire… on a l’impression d’être à côté de vous…. bon d’accord à un détail près « tranquillement assise dans mon canapé » mais bon 😉😘

  2. Une croisière en bus 5 étoiles comme tout en le monde en rêverait! Mais quelle chance ! 😉👍
    Votre récit est si détaillé que l’on s’y croyait …à tel point que j’ai vécu difficilement à vos côtes l’épreuve du moustachu 😂😉👍!
    Allez on se motive et on fait connaissance avec cette pieuvre mais ne vous inquitez pas, vous ne passerez pas inaperçus auprès de vos fidèles followers , moi le premier .😘

      1. Oh oui moi aussi j’attends la suite. J’avais l’impression d’être dans ce bus tellement c’était imagé ! Bon voyage

  3. Oh pétard vite le 2/2
    J’aime de plus en plus vos récits avec vos anecdotes avec ce brin d’humour qui vous caractérise…viteee le tome2 de Goa …
    Prenez soin.de vous.
    Muxus

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