Nos premiers pas en Birmanie

Pagode à Rangoun, ancienne capitale de la Birmanie

À chaque nouveau pays, le regard croisé sur nos premiers pas. La première impression est la bonne ? Démontrons le contraire ou confirmons la règle. Étape 3 : nos premiers pas… en Birmanie.

Porte d’entrée ou vitrine ? (par Pierre)

Yangon, nouveau nom de la mythique Rangoun, est notre porte d’entrée au Myanmar, nouveau nom de la Birmanie. Le bus qui nous transporte est rempli de Birmans la mine fatiguée. La journée semble avoir été longue. Quelques packpackers sont avec nous également. Le visage moins marqué et les yeux déjà à l’affut des moindres monuments.

« Porte d’entrée ». Ce terme assez générique est nouveau dans ce pays. Longtemps resté fermé, il semble vouloir s’ouvrir au reste du monde. Les minorités vivent néanmoins un enfer. Malgré la victoire historique du parti du Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, le massacre des Rohingyas est venu rappelé la terrible oppression que subit encore aujourd’hui une partie de la population.

C’est finalement notre premier cas de conscience de ce tour du monde. On s’est longuement interrogé avec Matthieu pour savoir si on maintenait cette destination. Elle n’était pas dans notre parcours initial. Mais tous ceux qui en revenaient nous encourageaient avec une telle vigueur à suivre leurs pas que nous nous sommes résolus à inscrire la Birmanie dans notre périple. Et puis, le Gouvernement venait de donner des gages de bonne foi face aux exactions récentes. Alors…

Alors pour le moment, Yangon se dévoile à nous comme une grosse ville d’Asie du Sud-Est. En tout cas, à l’image de ce que nous imaginions de l’Asie du Sud-Est. Larges avenues, temples bouddhistes à chaque coin de rue, stupas dorés qui brillent au loin, stands de street-food et quelques sacs à dos égarés.

Mais bizarrement, quelque chose cloche. Très vite, je remarque que peu de voitures circulent sur ces grands boulevards à la parisienne. Les gens conduisent à droite… mais avec le volant à droite. Ce pays me semble déjà assez étrange… Et puis, plus on avance vers le centre, moins nous croisons de piétons. Nous finissons par atteindre notre auberge de jeunesse avec le sentiment d’être en plein couvre-feu.

Heureusement, nous découvrons une rue qui sert de marché de nuit le week-end. Nous sommes accueillis à grands flots de bière. La soirée est d’ailleurs organisée par la marque nationale, la Myanmar (tout simplement). Les gens sont souriants, accueillants, avenants. Il y a de la musique sur un podium. On mange entre amis. Les filles et les garçons. Les jeunes adultes et les parents avec enfant.

Un stand de street-food sur le point de fermer se réjouit de nous voir commander un plat. On est servi avec attention. Et même plus que ça. Comme je le disais déjà, la table est un bon maître étalon d’une société. Les habitants de Yangon sont des hôtes parfaits. Espérons que la porte d’entrée ne soit pas qu’une vitrine…

Façade d’un ancien bâtiment colonial à Rangoun

Pas si compliquée, la Birmanie ? (par Matthieu)

Nous atterrissons à Rangoun à la tombée du jour, pleins d’appréhension. Nous savons que nous mettons les pieds dans un pays “compliqué”, encore sous la coupe de la junte militaire malgré quelques récents gestes d’ouverture et avancées démocratiques. Un pays que l’on suspecte de génocide sur les Rohingyas. Un pays dont un tiers de la superficie est « formellement déconseillé » par le ministère français des affaires étrangères.

On s’attend d’ailleurs à un contrôle poussé de la police aux frontières. Comme nous l’a rappelé la compagnie aérienne avant d’embarquer : « On n’est jamais vraiment certain d’entrer en Birmanie », réputée pointilleuse dans l’attribution des visas aux étrangers.

C’est pour toutes ces raisons que ce pays ne figurait pas, au départ, sur notre itinéraire de tour du monde. On a toujours du mal à se dire qu’on va visiter un pays où en coulisses des gens se font torturer. Nous ne l’avons ajouté qu’en deuxième temps, sur les conseils avisés de plusieurs amis, nous disant que « tout cela s’est amélioré » et nous narrant d’une même voix leur séjour  « inoubliable » au pays des mille pagodes.

Nous nous présentons un par un devant le checkpoint de l’aéroport. La policière jette un vague coup d’oeil à nos passeports, prend une photo à la webcam, donne un coup de tampon, nous sommes entrés. Cela aura pris moins d’une minute. On tire une énorme liasse de billets dans le hall. Le taux de change est de 1 euro pour 1.625 kyats : nous voici millionnaires. On achète l’indispensable SIM locale. Et on saute dans un bus pour le centre-ville. Franchement, on ne pouvait rêver plus simple. 

Ancienne capitale politique, désormais ramenée au rang de capitale économique et culturelle, Rangoun me séduit au premier coup d’oeil. Ses anciens bâtiments coloniaux, toujours habités, sont couverts de mousse verte, rongés par l’humidité et enserrés par les lianes. Un petit d’air de jungle urbaine post-apocalyptique comme je les aime. Le tout ponctué d’étonnantes pagodes dorées sous le feu des projecteurs. 

Son calme me surprend. Elle compte plus de 4 millions d’habitants, mais à la nuit tombée ses rues sont vides. Peu de voitures et de motos, peu de piétons aussi. Quasiment aucun bruit. Une ambiance de couvre-feu. On se souvient alors qu’on est dimanche, rien d’anormal.

Nous avons réservé dans un hôtel de backpackers, l’un des rares du quartier historique à afficher des prix conformes à notre budget. On comprend pourquoi : nous disposons tout juste de 7m², la porte ne peut s’ouvrir qu’à moitié car elle bute contre le lit. Et, comme souvent dans les hébergements bons marchés des métropoles d’Asie du Sud-est, il n’y a pas de fenêtre… Mais l’équipe qui nous accueille est sympa, la chambre est silencieuse et, surtout, les douches et les toilettes communes sont parfaitement propres. C’est suffisant quand on a prévu de passer ses journées dehors. 

On ne s’attarde pas dans notre cagibi. Il faut dénicher de quoi dîner, or les restaurants et stands de rue encore ouverts se comptent sur les doigts d’une main. On trouve notre bonheur dans un petit marché de nuit (comprendre : qui ouvre à 16h et ferme à 21h) : des satés et un fried rice. On teste même la bière nationale – la Myanmar – en écoutant un groupe de musique qui tente de déhancher une dizaine de spectateurs. Ils applaudissent du bout des doigts, l’esprit ailleurs, sûrement pensent-ils déjà à aller dormir. Cela pourrait paraître morose, un brin pesant, mais notre estomac plein nous amène plutôt à voir des Birmans détendus et sereins.

Demain, une nouvelle semaine commence pour eux. Et pour nous, la découverte d’un pays qui promet d’être radicalement différent de l’Inde et de l’Indonésie.

Stand de street-food à Rangoun

3 commentaires sur “Nos premiers pas en Birmanie

  1. On en rigole avec Pauline en le surnommant le pays du pied sale, c’est un peu méchant mais pas tant que ça au final, c’est un peu affectueux 🙂 Vous allez en visiter des temples, pieds nus, d’où notre appellation 😉 Le rocher d’or, Bagan ce nid à touristes, une remonté du Mekong peut être jusqu’à Mandalay, les batcaves de Pa-An !! Profitez bien 🙂

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