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Six mois de tour du monde : comment ça va ?

Sur une montagne près de Munnar

Six mois de tour du monde. Notre voyage atteint sa mi-temps. Vous êtes nombreux à nous demander des nouvelles. Et nous vous en remercions. Ce petit billet un peu plus personnel pour vous raconter où nous en sommes.

Déjà 6 mois ! « Déjà », pour nous. Car, vous vous en doutez, pour nos familles, ça fait une éternité que nous sommes partis ! La venue des parents de Matthieu pour fêter Noël avec nous est « déjà » une lointaine parenthèse. Désormais, il faudra patienter encore 6 mois avant de se retrouver.

Déjà six mois que nous parcourons l’Asie. Jamais, évidemment, nous ne nous étions retrouvés aussi longtemps en dehors de la France. Jamais, évidemment, nous ne nous étions retrouvés sans agenda scolaire ou professionnel. L’agenda, c’est nous qui devons nous le construire, au quotidien. Trouver un rythme est peut-être la première des difficultés dans un tour du monde.

Trouver le rythme

En vacances, finalement, le fait de ne pas avoir de rythme fait partie du repos que l’on s’accorde. Ne pas se lever tous les jours à la même heure, se coucher plus tard, lire un bouquin ou commander une Margarita de plus qu’à l’accoutumée… Ça fait partie de ce besoin de se relaxer avant de réattaquer le travail. Impossible de vivre sans rythme pendant 1 an.

Alors, il a fallu maîtriser notre agenda. Évidemment, le 1er mois, en Inde, nous étions encore dans un état d’esprit de vacances. Nous avions fini de bosser début juillet. Les nombreux préparatifs et la série d’au revoir se sont enchaînés. Si bien que lorsque nous prenions l’avion mi-août, nous étions plus des vacanciers que des tourdumondistes.

Mais assez vite, nous avons compris que l’on ne pouvait pas continuer à ce rythme-là. C’est d’abord notre ventre qui nous l’a rappelé : manger de la nourriture nouvelle en quantité parisienne, c’était du suicide stomacal. C’est ensuite notre portefeuille qui a commencé à faire la grimace : nous ne pouvions pas dépenser un budget de vacances sur une période aussi longue. Alors, alliant notre santé physique à notre santé financière, nous avons assez naturellement réduit notre train de vie.

Écouter son corps

Et puis, la chaleur et les visites ont eu raison de nos plats en sauce préférés : manger léger et sainement nous permettait de résister au climat chaud et humide. C’est pourquoi, très vite, vous nous avez trouvés amaigris. Et c’est pas faux : au cours d’une pesée inopportune à Patong (sur l’île de Phuket), nous avons constaté une perte de 7 kilos. Ne vous inquiétez pas, on réussit toujours à porter nos sacs à dos qui pèsent, eux, toujours le même poids !

Donc physiquement ça va… Sauf qu’on ne peut pas être en forme 365 jours non-stop. Il arrive parfois que le corps nous rappelle à quel point on tire un peu parfois sur la corde. Ce fut le cas à notre arrivée en Indonésie comme il y a quelques jours au Cambodge (Pierre n’a même pas pu terminer son repas d’anniversaire, c’est dire…). C’est un autre acquis de ce mi-tour du monde : on apprend à écouter notre corps.

On doit s’accorder quelques jours de repos. C’est toujours assez drôle de se dire qu’il faut prendre des vacances en plein tour du monde. Mais c’est une nécessité ! Nous sommes en mouvement perpétuel. Il y a toujours quelque chose de passionnant à voir, à visiter. Nous prenons des bus de nuit de 9, 10, 11 voire plus de 12h. Nous marchons beaucoup et n’avons pas toujours le choix dans les horaires des transports. Pour des raisons budgétaires, nos hôtels sont rarement de première jeunesse. Alors il est bon, de temps en temps, avant que le corps ne lâche, de se poser, 3 ou 4 jours, dans un endroit propre, calme, avec une salle de bain et une belle vue.

Un regard nouveau

Finalement, nos lundis ressemblent à nos samedis et nos mercredis à nos dimanches. Pas de week-end quand on doit rejoindre telle ou telle destination. Nous avons toujours besoin de manger quelque part et de dormir dans un endroit. La ponctuation du congé de fin de semaine n’existe pas vraiment en tour du monde. Ce sont 31 et 33 ans de conception du temps qui sont remis à plat.

Plus globalement, notre regard a déjà changé en 6 mois. Le rapport aux autres est différent dans cette partie de l’Asie. La division de la société, la violence sourde qui peut y régner. Souvent aussi les rapports humains beaucoup plus affirmés et la solidarité entre les générations qui manque cruellement en France. La pudeur, aussi, qui sert de masque mais peut devenir maladive.

Ça se traduit par de la frustration sexuelle qui pourrit les rapports entre hommes et femmes en Inde. Ou au contraire par une liberté sexuelle exacerbée en Thaïlande qui pousse parfois les habitants à la dérive. Le point commun, c’est que le concept même d’orientation sexuelle n’est arrivé que très récemment dans cette partie du monde. Il fut importé par les Européens pendant l’époque coloniale (il n’existe d’ailleurs toujours aucun mot en khmer pour parler d’orientation sexuelle). La criminalisation de l’homosexualité date aussi de cette époque.

Voyager en étant un couple (gay)

Aussi, lorsque vous nous demandez comment on fait pour voyager dans « ces pays » quand on est un couple gay, voici ce qu’on peut répondre : d’une part, la pudeur, dont on parlait plus haut, jette un voile de discrétion et personne ne pose ce genre de question. D’autre part, l’orientation sexuelle est un concept très occidental. Enfin, comme pour les couples hétéros dont il est rare de voir des effusions amoureuses en public, nous respectons les cultures et ne nous prenons pas non plus par la main dans la rue. Très, très rarement, un hôtelier peut nous faire comprendre que ce serait mieux si on prenait une chambre avec deux lits simples plutôt qu’un lit double. Mais en refusant poliment, ça ne va pas plus loin.

Il est important néanmoins de rappeler que l’homophobie existe évidemment en Asie. Être gay n’est, globalement, pas un problème à condition que tu te maries (avec une femme) et que tu aies des enfants (si possible avant 35 ans). Les avancées en terme de droits LGBT sont très limitées. La 1ère gay pride au Laos ne date que de 2012 et, encore, elle fut organisée dans l’enceinte de l’ambassade des Etats-Unis. On pourrait ajouter également qu’en France non plus ce n’est pas si simple pour un couple de mecs ou de filles de se tenir par la main ou de s’embrasser dans l’espace public.

Ça nous fait penser à quelque chose. Il ne faut pas négliger notre statut de Français. C’est souvent un bon sésame. On viendra assez peu nous chercher des noises. Notre réseau consulaire est exemplaire (Florian, si tu nous lis, encore merci !). Nos compatriotes sont probablement les seuls à bénéficier d’un tel service public à l’étranger. Même pour de simples voyageurs comme nous. Avec son corps diplomatique présent dans de très nombreuses villes, ses Instituts français, ses Alliances françaises, ses expatriés, ses usines, ses succursales et ses exportations, la France continue de rayonner dans le monde.

Sauvons le français !

Il faut en être fier ! Pour preuve, le nombre d’enseignes, de produits, de boutiques,… qui utilisent l’image de la tour Eiffel ou des mots en français pour aguicher le consommateur. Vendre, c’est faire rêver ; et la France continue de faire rêver. La France ET Paris. D’ailleurs, les deux termes sont souvent synonymes à l’étranger. Parler de Paris à un interlocuteur birman ou indonésien, c’est faire briller en lui une étincelle d’envie et de rêve. Paris est la seule ville que nous retrouvons sur notre chemin partout où nous passons, loin devant Londres ou New York.

À ce propos, parlons français, le plus possible ! Un Laotien a plus d’appétence culturelle à apprendre le français que l’anglais. Ce n’est d’ailleurs pas plus naturel pour lui de comprendre un « Hello » plutôt qu’un « Bonjour » ! Et puis, comme ça fait chic de parler français, que ça fait partie de notre charme, usons de cet atout : ça nous rendra d’autant plus sympathique et la Francophonie nous remerciera. Donc, désormais, nos formules de politesse se disent en français ou dans la langue du pays. Pour des explications plus poussées, et si nous n’avons que l’anglais en commun avec notre interlocuteur, nous parlons évidemment dans la langue de Shakespeare.

Dernière parenthèse : nous croisons des Français partout. Baroudeurs, en couple, seul, en famille, parfois en groupe : nous sommes la nationalité la plus représentée en voyage. Dans le moindre coin paumé de la jungle indonésienne ou au fin fond de l’Himalaya, on entend parler français. Loin du cliché du Gaulois en vacances, nous aimons les espaces naturels et « sortir des sentiers battus ». Vieux rêve du vagabond, du routard flower power, tous les âges sont représentés, toutes les classes sociales voyagent : du retraité au jeune adulte, du trentenaire à la famille recomposée, de l’étudiant en césure au cadre en année sabbatique (nous). C’est une des bonnes surprises de notre début de tour du monde : nous sommes un peuple curieux et ça plaît aux habitants des pays que nous traversons.

Des acquis

Pour revenir à des sujets plus terre à terre, oui, on se douche à l’eau froide et on ne s’en rend même plus compte. On se lave dans des rivières ou on nage dans des fleuves et ça paraît naturel. On découvre les joies des douches collectives dans les auberges de jeunesse. Et on part faire des treks de 3 jours durant lesquels l’absence de réseau téléphonique (ou de wifi) ne nous effraie plus. Les coqs n’arrivent plus à nous réveiller à 3h du matin. On mange des tarentules ou des fourmis rouges, on déguste des « choses » sans trop savoir ce que c’est, on mange avec les doigts, de la main droite, mais on ne sait plus tenir un couteau pour découper la viande !

On boit de l’eau en carafe et pas toujours en bouteille. Matthieu a tenté de manger un œuf de canne fécondé à Angkor. Pierre a mis 3 mois pour lire un polar trouvé à Kuala Lumpur. On sait conduire un scooter (on sait aussi tomber de scooter). Et on cède nos places aux moines dans les bus. On apprend aussi à gérer les susceptibilités : ne pas parler des musulmans à un hindou ; de politique avec un Birman ; des Vietnamiens aux Cambodgiens ; des grandes oreilles du roi en Thaïlande… Les tracés territoriaux du Cachemire n’ont plus de secrets pour nous tandis que les guerres indochinoises ravivent nos souvenirs de lycéens.

On connaît désormais parfaitement combien coûte un paquet de cigarettes dans le sud du Tamil Nadu, quelles sont les enseignes à éviter à Bali, quel prix est pratiqué pour une noodle soup au Laos. Nous connaissons les quartiers où sortir à Phnom Penh, les îles thaïlandaises où l’on peut éviter les touristes chinois, où voir le Taj Mahal sans rien payer et comment s’appelle désormais la mythique Batavia. Bourriquet nous a fait faux bond en Inde… Mais il nous a retrouvés à la faveur d’un cadeau de Noël à Bangkok. C’est tout cela la magie du tour du monde !

Merci !

Pour finir ce bilan de mi-temps, nous voulons de nouveau remercier nos familles qui nous attendent avec impatience (on le sait) parce que 6 mois, c’est quand même 6 mois ! Nos amis qui nous manquent (heureusement que les réseaux sociaux fonctionnent aussi à l’autre bout du monde et que Lisa et Sophie sont venues passer la nouvelle année avec nous). Et vous tous qui nous suivez alors qu’on ne se connaît pas forcément dans la vie réelle.

Merci à vous tous, vous nous donnez aussi de la force quand un trajet en train commence à trainer en longueur, quand on se demande « à quoi bon ? » ou quand on s’exaspère des tuk-tuk qui nous demandent où on veut aller alors qu’on veut marcher parce que c’est bien aussi de marcher pour découvrir des pays,…

Alors merci à vous tous ! Et puisque vous nous le demandez aussi : oui, la grand-même maternelle de Pierre sait parfaitement bien utiliser sa tablette ! Mieux, elle « met des cœurs » sur Instagram ! Autant dire que ce tour du monde ne change pas que ceux qui le font et on ne le regrette pas !

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