Khajuraho, la fraternelle

Enfants visitant les temples de Khajuraho

Étape imprévue devenue l’étape coup de coeur, Khajuraho mérite le détour pour ses temples sculptés, sa campagne intacte et la chaleur inégalée de ses habitants. On aurait aimé y rester plus longtemps ! 

On ne passe pas par hasard à Khajuraho. Il faut vouloir y venir. Ce village rural se situe à neuf heures de train d’Agra et à onze heures de train de Varanasi, les deux métropoles touristiques les plus proches. Pour tout vous dire, cela nous avait d’ailleurs décidé à ne pas l’inscrire dans notre itinéraire. Il aura fallu la persuasion de l’écrivain Jean-Claude Perrier et du journaliste Alban Alvarez, tous deux de très bon conseil sur l’Inde, pour que nous l’ajoutions au parcours. 

Pourquoi nous recommandaient-ils cette ville ? Car Khajuraho renferme un trésor, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco : un ensemble de temples hindous du XIe siècle magnifiquement sculptés et pour beaucoup d’entre eux très bien conservés. On les résume souvent à leurs fresques du kama sutra, qui ne manquent pas d’amuser les touristes comme les Indiens. Pourtant, celles-ci ne sont qu’une infime partie des scènes passionnantes – de guerre, de pratique religieuse – que nous offre ce site historique.

Le calme en Inde, ça existe

Nous arrivons à la tombée de la nuit dans cette gare que bien peu de trains desservent hors saison touristique. Khajuraho est d’abord pour nous une longue ligne droite mal éclairée qu’emprunte notre rickshaw pour rejoindre notre hôtel. Nous avons choisi cet hébergement pour sa proximité avec les temples (et son prix modique, bien entendu). La chambre est simple mais spacieuse. L’accueil est comme souvent sympathique. 

Pas le temps de déballer nos affaires : il est 20 heures 30 et nous devons trouver un endroit où dîner. Contrairement à Delhi qui vit quasiment 24h/24 et à Agra qui a adapté son rythme aux touristes, Khajuraho a gardé son âme de village. Et au soleil couché, le village s’endort. Nous parcourons la rue principale – pour ne pas dire la seule rue – à la recherche d’une gargote pleine de clients. Il n’y en a pas. Sur les conseils de deux jeunes croisés par hasard, nous atterrissons dans un restaurant vide mais paraît-il de bonne réputation. C’était bon et nos intestins se portaient bien le lendemain, cette réputation est donc valable 😉

Après une nuit agitée par un violent orage et une pluie de mousson si intense que Matthieu sortit vérifier que les rues n’étaient pas inondées, nous nous levons avec l’appréhension de passer notre journée à patauger dans la boue. Mais joie du climat indien : l’eau s’est aussi vite évaporée qu’elle est tombée.

Le kama sutra, mais pas que

Direction le principal ensemble de temples, dit l’ensemble “ouest”. Période creuse oblige, les visiteurs sont rares, quelques Indiens et aucun occidental. Pourtant, quel lieu ! Les cinq temples qui se dressent sous nos yeux ont un petit quelque chose d’Angkor ou de Bagan (nous supprimerons sûrement cette comparaison après avoir visité Angkor et Bagan dans quelques semaines). Leurs murs sont tellement riches de sculptures que nous passons plusieurs heures à les admirer. 

Les sculptures couvrant les murs

Nous quittons le site en milieu d’après-midi, absolument ravis de cette visite. Il est trop tôt pour boire une bière et trop tard pour s’engager dans une longue excursion. Un vieux conducteur de rickshaw nous recommande les Raneh Falls, situées 20km plus au nord. Quelques négociations tarifaires plus tard, nous voici en route.

Le trajet est tout aussi séduisant que la destination : nous découvrons à chaque mètre la campagne indienne, faite d’un vert intense, de buffles d’eau, de cochons sauvages, de chèvres, de poules, et bien entendu de fermiers, occupés à entretenir leur rizière, à guider leur troupeau ou à puiser l’eau au puits. 

En route pour les Raneh Falls

Quand le canyon déborde

Nous arrivons à l’entrée du parc naturel qui abrite les chutes d’eau. Les gardes forestiers nous demandent une taxe élevée pour passer avec le rickshaw. Nous le laissons là et décidons de faire les trois derniers kilomètres à pied. “Revenez avant 18h, je n’ai pas de lumière sur mon taxi, je ne vois rien quand il fait nuit”, alerte notre chauffeur. Nous lui promettons de marcher vite. 

Après trente minutes à traverser la forêt, un bruit sourd se fait entendre. Les Raneh Falls ne sont plus très loin. Vous vous rappelez la pluie de mousson intense de la nuit précédente ? Et bien, visiblement, c’est ici que toute l’eau poursuit son chemin. En cette saison humide, ce qui est habituellement une calme rivière qui s’écoule dans un profond canyon devient un fleuve boueux, bruyant, qui déborde sur des centaines de mètres de large. Le Guide du Routard recommande de “ne pas se baigner à cause des courants« . C’est vrai qu’on n’y aurait pas pensé tout seul.

Les Raneh Falls

Alors que le ciel s’assombrit, nous rebroussons chemin. L’heure tourne vite. Nous n’y verrons bientôt plus rien. On imagine la tête de notre rickshaw qui s’impatiente… Justement, le voici qui arrive. Il a convaincu les gardes de le laisser passer gratuitement, tant il s’inquiétait de devoir nous ramener dans la nuit noire.

L’hospitalité en français dans le texte

Mais ce ne sont ni les temples, ni les cascades qui marqueront le plus notre séjour à Khajuraho. Ce sont les habitants, que nous rencontrerons le jour suivant, avec qui nous passerons la journée et une bonne partie de la nuit, à ne plus vouloir les quitter.

Tout est parti d’une simple visite de l’ancien village, situé à l’est. C’est là que vivent les vrais habitants de Khajuraho, le village “moderne” (les guillemets sont de mise) ayant surtout vocation à abriter l’économie touristique. En parcourant ce vieux village donc, lui aussi bordé de temples mais de moindre qualité, plusieurs jeunes sont une fois de plus venus à notre rencontre. “Vous visitez l’Inde ? D’où venez-vous ? Vous voulez que je vous montre mon quartier ?” Une hospitalité… exprimée en français. Car à l’école de Khajuraho, les élèves étudient l’anglais, le français et le coréen. Et cela avec un certain succès.

Procession hindoue dans le vieux village

Et c’est ainsi qu’on se retrouve invité

Nous voilà avec une bande d’ados qui nous explique les castes encore en vigueur ici, qui nous montre ses temples “favoris” et surtout qui nous invite à fêter Krishna Janmashtani avec elle ce soir. En ce jour férié, un festival est organisé. Plusieurs petites processions parcourent le village, on danse, on chante, on boit.

Le clou du spectacle débute quand les enfants partent se coucher. De jeunes adultes se lancent alors le défi de décrocher un pot en terre cuite contenant du lait, du beurre et de l’argent installé à cinq mètres de haut… en formant une pyramide humaine. On a hâte de voir ça ! 

Rendez-vous est pris à 18 heures. Mais il est vrai qu’en Inde, l’heure n’est pas toujours l’heure. Tandis que nous faisons preuve (pour une fois) d’une ponctualité parfaite, nous ne voyons personne à l’horizon. Le temple est quasi désert. Heureusement, le bouche à oreille fait vite son effet et tous les jeunes croisés plus tôt débarquent en ayant appris notre arrivée. Ils nous expliquent que l’installation commence à peine, qu’il vaut mieux revenir dans une heure, ou peut-être deux. En attendant, ils nous proposent des chai et discutent. Du coup… rien n’avance.

L’art de servir le chai…

L’un d’entre eux, prénommé Satyam, siffle la fin de la récré : il décide de nous ramener à moto dans le village moderne tandis que les autres préparent la fête. Nous voilà à trois sur une moto à slalomer entre les vaches. “Je vous fais un message sur WhatsApp quand c’est prêt et je reviens vous chercher.”

Une nuit beaucoup trop courte

On dîne rapidement, Satyam revient, et rebelote à slalomer entre les vaches. Cette fois le temple bouillonne. Des lumières colorées ont été installées un peu partout, des enfants sautent sur des tapis au rythme de tubes indiens, les ados hissent à la corde le fameux pot en terre. Chaque personne présente vient nous saluer, papoter, faire des photos avec “les deux étrangers” venus assister à leur fête. 

Satyam et sa moto

Satyam nous emmène jusqu’à chez lui, une modeste maison construite autour d’une cour où brillent les bougies rituelles, pour nous présenter ses parents, sa soeur, et nous offrir notre dixième chai de la journée. Il nous sort ses cahiers de classe et nous explique qu’il veut devenir guide touristique, “dans toute l’Inde, pas que à Khajuraho”. Il est tellement décidé et motivé qu’il parle déjà quatre langues à 17 ans.

Vers 22 heures 30, nous quittons à regret tout ce beau monde pour rejoindre la gare et le train de nuit qui nous mènera à Varanasi. Leur fête est loin d’être terminée. Nous n’aurons pas vu la chute du pot de terre, mais nous vous livrons la vidéo que nous a transmis Satyam. C’est un joyeux bordel, à l’image de cette formidable soirée. 

Merci Khajuraho la fraternelle. Et merci Jean-Claude et Alban de vos bons conseils.

Spoiler : on ne voit pas le pot en terre

Nos coups de coeur

Dormir. L’hôtel Headquarter, pour sa localisation à deux pas des temples et pour ses chambres à prix modiques. Il propose aussi un service de blanchisserie, là encore pour quatre sous : pratique pour les voyageurs comme nous qui n’ont que quatre tee-shirts chacun.
Headquarter Khajuraho, Lal Bangla, Opposite Shiv Sagar Lake, Sevagram

Visiter. L’ensemble ouest des temples sculptés. C’est encore plus beau à la tombée de la nuit, quand le soleil lèche les murs. Comptez 600 roupies l’entrée par personne et deux à quatre heures de visite (selon votre degré d’intérêt).
Western group of temples, Sevagram. Ouvert tlj de 6 heures à 18 heures.

Flâner. Le vieux village, en prenant le temps de se perdre dans ses ruelles, de discuter avec les personnes que vous croisez et de découvrir le temple Bhagwan Parshwanath Jain Mandir, encore en activité. Le mieux est de s’y rendre à pied depuis le village moderne (20 min).
Jain groupe of temples, Sevagram. Ouvert tjl de 11 heures à 18 heures. Gratuit.

Manger. Une fois n’est pas coutume : dans cette ville du Nord de l’Inde, le resto qu’on a le plus apprécié propose des spécialités culinaires… du sud. C’est ainsi que nous avons découvert les « dosa », une sorte de crêpe garnie de légumes, de fromage ou encore de viande. Par ailleurs, le patron est très sympa.
Madras Coffee House, angle de Rajnagar Road et de la rue des temples ouest

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