Nong Khiaw, Muang Ngoi : une pause au paradis

Une pause au paradis

Le Laos nous surprend à chaque étape. Ce qui devait être une simple halte au bord d’une rivière s’est transformé en une véritable pause ressourçante. Nous vous donnons rendez-vous à Nong Khiaw et à Muang Ngoi ! Ambiance détente et apaisante garantie.

[Récit de notre séjour à Nong Khiaw du 10 au 15 janvier 2020]

La nature est une drogue. Elle nous a totalement rendus dépendants en quelques jours de trek dans la jungle. Et puis, au Laos, elle est particulièrement bonne, la nature. Alors, quand nous avons décidé de poursuivre notre découverte du Nord, il nous a semblé naturel de faire une pause dans la petite ville de Nong Khiaw.

La traversée de la petite gare routière jusqu’au centre de ce village de 4.500 habitants se fait à pied. Deux kilomètres à marcher dans la chaleur torride d’un début d’après-midi tropical de janvier. La longue route ensablée semble interminable. L’indolence rythme nos pas jusqu’à ce qu’une musique nous réveille subitement. Un chapiteau est posé dans un élargissement de la chaussée. On sent que la fête familiale n’est pas loin de commencer. Mais cette fois, pas question de se retrouver ivres dès 14 heures comme à Huay Xai !

Bungalow au bord de l’eau

Nous portons nos gros sacs sur les épaules et nous sommes fourbus par nos six heures de trajet entre Luang Namtha et Nong Khiaw, alors on presse le pas : nous avons hâte de trouver un hôtel pour souffler un peu.

La vue depuis le balcon de notre bungalow

Nous dénichons un petit établissement très sympa au bord de la Nam Ou, la rivière que nous ne quitterons plus de tout notre séjour. Un petit bonhomme aux dents refaites nous accueille avec un immense sourire. C’est le propriétaire. Il parle quelques mots en français : il a appris notre langue sous le protectorat.

La bâtisse tout en bois est admirablement bien située et les bungalows qui la composent coûtent vraiment une bouchée de pain : 80.000 kips (8 euros) la nuit avec une salle de bain privative et, surtout, un balcon donnant directement sur les montagnes et la Nam Ou. Nous savons déjà que nous n’y resterons pas qu’une nuit.

Montagnes karstiques et vallée sinueuse

Entre Chine et Vietnam, nous nous retrouvons dans un écrin de verdure, au milieu de montagnes karstiques, au creux d’une vallée sinueuse. Le Laos, terre verte sans accès à la mer mais monde aquatique strié de cours d’eau et de rivières. Pays bétonné, aussi, par des barrages hydrauliques qui engloutissent tout : les vallées, les hommes, les bêtes. L’un d’eux vient d’être inauguré plus au sud qui empêche désormais de rejoindre Luang Prabang en bateau.

Nong Khiaw et la Nam Ou

Nous mettons rapidement de côté ces quelques considérations terre à terre pour plonger encore une fois notre regard dans les eaux vertes et bleues de la Nam Ou. Large rivière qui défile devant nous, sous notre balcon. Imaginez la Seine, calme et sans vague, qui serpente entre les falaises karstiques de ce Nord Laos.

Nous finissons de rêver à l’endroit le plus propice à l’émerveillement : l’observation du coucher du soleil sur le pont qui traverse la rivière. La beauté de cette heure dorée, vers 16 heures 30, quand l’astre du jour part se cacher derrière les montagnes.

À l’heure dorée…

Il donne aux massifs une teinte d’or qui magnifie les ombres, éblouit les feuilles des arbres, projette ses rayons à travers les bosquets et les escarpements des falaises. C’est absolument magnifique. On le découvre aux côtés des Laotiens qui ne se privent pas, chaque soir, de venir admirer le plus beau spectacle proposé dans leur petite ville.

Coucher du soleil sur la Nam Ou

Le soleil couché, le ciel conserve encore quelques instants un éclat bleu azur. Comme si le jour ne voulait pas encore nous quitter. Comme si la nuit n’était pas pressée de prendre le dessus. Il n’est pas 17 heures 30 quand la fraîcheur du soir prend les devants : il est temps de dire au revoir à cette première belle journée à Nong Khiaw, partager un dernier sourire avec les familles qui commencent à se disperser avant que la nuit ne nous submerge tous.

Lendemain matin. Réveil comme si nous étions dans un dessin animé de Disney. La rivière devant nous. Les oiseaux qui ouvrent à peine les yeux et leur bec. Le soleil pinaille mais on le sent s’échauffer derrière l’épaisse brume accrochée aux montagnes. On voudrait ne jamais oublier cet instant.

Une simple routine

Une routine s’installe très vite avec notre petit bonhomme de propriétaire. Chaque matin, on vient lui prendre un Thermos d’eau chaude pour notre café soluble (difficilement déniché dans une épicerie du coin : ici le café ne se boit qu’avec du lait). Chaque jour, nous venons lui payer la chambre pour la nuit précédente. Et chaque jour, nous lui disons : « Un jour de plus ! » C’est ainsi que nous voguons au rythme laotien pendant une petite semaine.

Dans la rue principale de Nong Khiaw

La simplicité du lieu est probablement son principal atout. Un jour, on croise un Français. Il travaille six mois en France, le temps de se mettre de l’argent de côté, et part vadrouiller en Asie les six autres mois de l’année. Il vient de rencontrer un Japonais qui ne parle pas bien anglais (et encore moins français). Ils partageront une chambre pour la nuit.

La simplicité aussi des envies à assouvir : nous voulons découvrir Muang Ngoi, un village isolé sur la Nam Ou, et gravir l’un de ces pics qui nous entourent et nous narguent. « Quand ? » Pourquoi se poser la question ? Nous avons le temps ! Pourquoi nous presser ! Nous n’avons aucune obligation en terme de calendrier. L’endroit est-il un piège ? Devrons-nous rester toute notre vie ici ? « Et pourquoi pas ?… »

On s’attarde et on s’abandonne

Pierre se souviendra plus tard de cet endroit comme d’une sorte de « Désert des Tartares » : un endroit magique, magnétique, où même si l’oisiveté semble la règle, rien ne nous permettra d’en repartir avant plusieurs jours. Combien de temps allons-nous rester ? Et si le Laos, par la suite, nous décevait ? Ce serait bien de profiter au maximum de ces quelques journées !

Le rendez-vous du soir

Alors on s’attarde. Chaque geste après l’autre, sans se brusquer. Sans brusquer le jour qui ne se lève qu’à midi, lorsque le brouillard fluvial se dissipe et qui prend fin cinq heures plus tard, lorsque les montagnes engloutissent le soleil. Entre le deux, il fait chaud. À la fois sec l’après-midi, humide le matin et le soir.

En fin de journée justement, le rendez-vous des rares touristes et des Laotiens : le pont en béton est notre escapade quotidienne. L’ouvrage pourrait avoir plus de 70 ans, et donc avoir été construit par les Français, comme il pourrait être un exemple de construction menée à la va-vite, fonctionnelle et sans âme (ce qui est la définition des ouvrages chinois dans le pays).

Magnétique pont de béton

Nous le contemplons depuis la rive droite : son tablier posé en plusieurs morceaux sur des piliers massifs. Chaque partie de la structure bouge, se dilate et vibre au passage du moindre véhicule : nous avons cru à un tremblement de terre lorsqu’un mini-van nous a doublés, tout à l’heure, en traversant le pont. Heureusement, les poids-lourds sont interdits.

Le pont de béton depuis la rive gauche

En 200 mètres, il accroche les deux rives l’une à l’autre. Grâce à ce pont, Nong Khiaw a pu développer une sorte de quartier nouveau sur sa rive gauche, la rive autrefois inaccessible. Ce quartier, assez agréable au demeurant, est entièrement occupé par des guesthouses, des restaurants et des agences de trekking. C’est là que nous croiserons les quelques étrangers.

Magnétique pont sur lequel le village se presse, inexorablement, tous les soirs, pour observer le coucher du soleil. Tous les soirs le même spectacle, offert par cette plateforme artificielle, point de vue unique et improbable. Derniers sourires de la journée, un cocktail pris dans un café vide avec vue sur la rivière, les montagnes et les piliers du monstre. Et nous nous embarquons à la recherche d’un bar où nous pourrions rencontrer la jeunesse laotienne… enfin !

Tranches de vie au soir naissant

Enfin… Après bien trois kilomètres à pied (et deux cocktails en happy hour à moitié prix), nous nous résignons à rebrousser chemin : le fameux bar est fermé. Retour donc sur la rue principale. Les lumières des épiceries qui ferment flagellent dans le brouillard naissant. On tombe néanmoins sur une boutique tenue par un gars qui fait mine de ranger ses cartons.

Nong Khiaw, rive droite

Nous lui prenons deux Beerlao, lui demandons si nous pouvons nous installer sur sa table en ciment devant sa porte et nous nous installons. Nous observons encore. La vie qui défile devant nous. Nous sommes de nouveau sur la rive droite, le côté « historique » de Nong Khiaw.

Des jeunes préparent un barbecue devant chez eux. À travers la fenêtre ouverte, on voit que toute la famille à l’intérieur attaque l’apéro. En face, une épicerie ferme ses portes. Les ados aident leurs parents à rentrer les caisses. Pas une voiture n’est passée durant toute la soirée. Nous tournons la tête et découvrons une joyeuse tablée : ils sont dix à manger dans une sorte de grand garage largement ouvert sur la rue. Une dame sert des plats qui exhalent une odeur de bonheur jusqu’à notre table. Nous savons où nous dînerons ce soir !

« Chez la dame »

Nouvelle routine : désormais nous ferons de ce resto notre « cantine » (terme que déteste employer Pierre). Nous irons ainsi « chez la dame » qui propose une cuisine variée, saine et goûtue. Inexorablement, quand elle nous verra arriver le premier soir, le deuxième, puis peut-être le troisième, elle rappellera son grand fils pour qu’il vienne l’aider et l’engueuler si le travail n’est pas assez bien fait. Car « la dame » a des gestes précis, strictes, rapides. Elle n’aime pas voir son adolescent flemmarder.

L’heure de rentrer

Sur un buffet, une grande photo où un groupe de policiers pose en rang d’oignons. Il nous semble avoir reconnu notre patronne : « C’est vous en uniforme de policier ? » – « Ahah ! Non, non ! », nous répond-elle avec un large sourire. Il nous semble pourtant que son attitude à la fois très affable et dirigiste serait en parfaite adéquation avec la police laotienne.

Nous terminons le repas avec un merveilleux banana sticky rice, un dessert composé de riz gluant baigné dans une sauce chaude de lait de coco et accompagné de morceaux de banane (nous vous avons déjà parlé de la version thaïlandaise avec des mangues). Même Matthieu, pas spécialement fan de dessert, en redemanderait.

À l’assaut du Pha Daeng

Le lendemain, nous avons l’occasion d’éliminer ce surplus de sucre puisque nous nous lançons enfin dans la montagne. Nous voulons découvrir la vallée d’en-haut. Les parois verticales qui nous entourent semblent inaccessibles. Il existe pourtant plusieurs points de vue. Nous décidons de nous lancer à l’assaut du pic de Pha Daeng.

Le Pha Daeng

Quatre-cents soixante-dix mètres de dénivelé. Une heure de marche pour arriver au sommet. C’est en quarante minutes seulement que nous atteindrons un panorama à couper le souffle (au sens propre du terme). Il fait une chaleur insupportable en ce milieu d’après-midi malgré les arbres qui couvrent les trois-quarts du parcours.

Le sentier se perd parfois entre les rochers et les bosquets. On entend le grognement d’animaux indéterminés (ou de grimpeurs du dimanche exténués). Des petits craquements dans les zones les plus ombrageuses nous font presser le pas. Et des cris d’oiseaux hauts dans le ciel accompagnent notre marche.

La baie d’Halong laotienne

Il a fallu payer une somme modique (20.000 kips, 2 euros) à un caissier qui parle français pour découvrir ce point de vue hors du commun. Les sommes récoltées vont à une association gérée conjointement par la municipalité et l’État afin de préserver le site. Et il faut dire que les sentiers sont extrêmement bien aménagés. Des équipements rudimentaires mais utiles sont aussi disposés tout au long du parcours.

Nong Khiaw depuis le sommet du Pha Daeng

Nous souhaitions monter avant le coucher de soleil pour ne pas avoir à descendre en pleine nuit. Ce que l’on découvre donc au sommet, baigné dans l’éclat tenace du soleil, c’est un paysage à nul autre pareil. Le village d’abord, niché dans le creux de la vallée, abrité par un nœud de la Nam Ou. Il paraît tellement paisible (et il l’est) d’où s’échappent déjà quelques panaches de feux de cheminée : la popote se prépare aux autre coins de Nong Khiaw.

Les montagnes, ensuite, à 360° : des massifs karstiques recouverts de végétation. Ce n’est pas luxuriant comme les paysages du Vietnam voisin. Mais on a ici une bonne idée de ce que sera probablement la baie d’Halong. Et c’est déjà beaucoup plus spectaculaire qu’à Hpa-An, notre étape préférée en Birmanie.

Et au milieu coule une rivière

Enfin, on découvre la vallée qui s’étend vers l’Est, vers le village perdu de Muang Ngoi, notre prochaine étape. Rien de plus que l’étendue périlleuse des montagnes tout autour. Et au milieu coule une rivière. Nous restons là, à observer avec un petit groupe de quatre autres backpackers. Eux aussi subjugués par l’instant. Aucun mot n’est échangé. Nous restons habités par le silence et la beauté du site qui nous fait penser, à une moindre échelle, au spectacle hallucinant des bouches de Kotor, au Monténégro, observées, là-bas aussi, depuis le haut de la montagne.

Vers l’Est

Le soleil redescend rapidement derrière les montagnes en face de nous. Il nous faut redescendre aussi si l’on veut arriver avant la nuit. Nous courrons plus pour maintenir notre santé physique que par crainte de marcher dans le noir. Nous croisons de nombreux montagnards amateurs qui nous demandent, essoufflés, si : « C’est encore loin le sommet ? » On rassure les premiers. On ment aux autres car nous savons qu’à l’heure qu’il est ils n’atteindront jamais le pic avant le coucher du soleil. Certains ont emporté une tente sur leurs épaules. Dormir sur le Pha Daeng pour découvrir le lever du soleil au-dessus d’une mer de nuages doit être magique.

Nous retrouvons le pont. Nous n’avons rien mangé de la journée. Mais nous avons déniché un petit resto qui fait des sandwichs. Survivance de la présence française, le sandwich-baguette est une institution au Laos. Nous avions déjà mangé du pain (du vrai) à Huay Xai pour la première fois depuis le début de notre tour du monde. Nous mangeons à présent un vrai sandwich pour la première fois aussi. En plus, en observant le coucher du soleil. Une vraie baguette, des crudités (choses rares ici), du poulet et des œufs.

Réveillés par des haut-parleurs

Nous ne savons pas si c’était délicieux ou si nos papilles françaises se sont réveillées d’un coup, mais une rapide émotion culinaire nous a envahis. Avec un simple sandwich. Un petit goût de France. Sur ce pont en béton. Au-dessus de la Nam Ou. Où le soleil venait de se coucher.

Petit matin

Une voix nasillarde nous réveille. Troisième matinée à Nong Khiaw. C’est lundi. Des haut-parleurs positionnés à proximité de notre bungalow résonne un discours. Une femme proclame des choses visiblement très importantes car le ton est martial, assuré. « Que se passe-t-il ? » Il n’est pas 8 heures.

Pierre se lève. S’habille rapidement et se souvient que l’école communale se trouve juste de l’autre côté de la rue, un peu en hauteur, communiquant avec la route principale du village. Il traverse le petit marché qui ferme déjà ses portes. Croise quelques vendeuses de légumes et de soupe, tout sourire. Et se rend devant l’établissement scolaire.

Le marché, l’école, le coiffeur

Il s’agit d’un long bâtiment d’un étage posé au fond d’une grande cour de récréation. Quelques arbres qui perdent leurs feuilles. Un mât soutenant le drapeau laotien accompagné de l’emblème du parti communiste. Et, au pied, une centaine d’enfants, chemise claire dans le pantalon. Les plus jeunes jouent dans leur dos. Les plus âgés font le service d’ordre devant la grille d’entrée.

Marché de rue

Impossible de comprendre ce qui se passe. Mais une femme, entre 40 et 50 ans, en tailleur strict, prononce bel et bien un discours sur une petite estrade. Il s’agirait de la directrice de l’école. Elle prononcerait ce discours tous les lundis avant la reprise des cours. En tout cas, nous ne serons plus réveillés par elle le reste de notre séjour.

Puisqu’il est debout et que toute la commune semble au garde à vous, prêt pour démarrer une bonne journée, et sans attendre la fin du monologue de madame la directrice, Pierre se dit que ce serait le bon moment pour aller chez le coiffeur. Il entre dans le premier salon : une jeune femme coupe les cheveux à un jeune homme. Si le gars lui fait confiance, c’est qu’elle sait s’y prendre avec les hommes. Alors il entre.

À Muang Ngoi à la one again !

Il attend cinq minutes. Ressort au bout de dix. La coiffeuse la plus rapide du monde, la plus efficace et, en plus, pour un résultat à faire pâlir un Franck Provost parisien. Évidemment, le prix est là aussi modique. Allégé de plusieurs grammes de cheveux, il peut rejoindre Matthieu qui commence à préparer le café sur le balcon, au calme de la rivière.

Embarcadère de Nong Khiaw

C’est aujourd’hui que nous devons rejoindre Muang Ngoi. Depuis la fin des croisières depuis Luang Prabang, c’est seulement depuis Nong Khiaw que nous pouvons rejoindre ce village situé lui aussi sur la Nam Ou. C’est d’ailleurs la seule liaison possible puisqu’aucune route n’est construite entre les deux communes. Deux bateaux dans la journée, il ne faut pas les rater : un à 9 heures, l’autre à 14 heures. Mais nous ne connaissons pas les horaires de retour.

Il semblerait qu’un seul bateau fasse le chemin inverse, tôt le matin. Mais il nous semble étrange que la fréquence soit ainsi limitée… Bon, on prend la navette de 9 heures. Et si on ne trouve pas de moyen de rentrer dans la journée, ben on restera dormir sur place. À la one again ! Le bateau est en fait une longue barque étroite, le moteur à l’arrière et le pilote devant. On est aligné les uns à côté des autres. Tout le monde porte un lourd sac de routard : on n’a pris qu’un petit sac à dos et aucune affaire de rechange. On commence à se dire que l’on restera bel et bien bloqué sur place…

Toujours une solution

L’embarcation est si chargée qu’un deuxième bateau est appelé à la rescousse pour prendre en charge les quelques derniers touristes restés sur l’embarcadère. Il n’y a jamais de problème au Laos : toujours des solutions simples et rapides. C’est aussi ça qui nous rassure : on trouvera bien une solution pour rentrer.

Sur la « route » de Muang Ngoi

Pour l’heure, il faut y arriver, à Muang Ngoi. Une heure de bateau sur la Nam Ou est nécessaire. On évite les îles sablonneuses posées sur le parcours. On navigue à vue à travers les gorges. Puis la vallée s’éclaircit, la rivière s’élargit et le paysage devient soudainement plus hospitalier.

Des falaises karstiques continuent à nous entourer. Leur verticalité ne semble pas émouvoir les arbres qui poussent on ne sait comment — un peu comme ce que nous avions pu observer au cours de notre navigation mouvementée sur le lac de Khao Sok, en Thaïlande. Et nous arrivons devant Muang Ngoi. Le débarcadère est en fait une plage où le bateau s’échoue pour nous laisser descendre. Quand repartira-t-il ? « Vers midi et sera de retour vers 15 heures. » Il pourra nous ramener à Nong Khiaw ensuite ? « Peut-être. S’il y a du monde ! » Nous n’en saurons pas plus. Nous partons à la découverte de Muang Ngoi.

Comment un barrage tue un village

On croise un couple de retraités français qui cherche son chemin et nous demande conseil comme si nous étions des habitués du coin. On réussit néanmoins à les dépatouiller d’affaire. Il faut dire que la physionomie du bled est assez simple : une longue rue terreuse de moins d’un kilomètre, des boutiques, des guesthouses, des restaurants de part et d’autre. Et c’est tout !

L’unique rue de Muang Ngoi

L’ambiance est beaucoup plus calme qu’à Nong Khiaw. Presque morne malgré le ciel bleu et la chaleur qui règne dans cette vallée. On sent que le village a vécu des heures glorieuses quand des bateaux remplis de touristes venus de Luang Prabang débarquaient en masse ici. L’affluence est aujourd’hui contenue. C’est pourtant la saison haute. Mais nous ne sommes qu’une petite vingtaine à parcourir la rue unique du village… Tristesse d’une petite ville laissée à l’abandon par la construction d’un barrage à quelque cent kilomètres de là…

On comprend néanmoins pourquoi Muang Ngoi attirait jusqu’à présent autant de visiteurs : l’écrin est remarquable. Là aussi, des parois verticales ceinturent la vallée. La rivière, en contrebas, offre une plage et sa largeur permet de respirer : on ne se sent pas oppressé. On arrive au bout de la rue. On a croisé quelques habitants. L’école est derrière. Un vaste pré sert tout à la fois de terrain de foot aux gamins du village et de pâturage pour la vache de l’instituteur. Les deux activités cohabitent harmonieusement quand nous longeons le terrain.

Nous pénétrons dans une grotte…

Nous arrivons déjà à l’autre extrémité de la commune. Après avoir visité un temple abandonné, nous tombons sur le second sanctuaire du coin. Là encore, on est loin de l’effervescence et du clinquant des temples thaïlandais : ici, le bouddhisme n’est pas religion d’État, l’entretien des lieux de culte est à la charge exclusive des fidèles… Qui ne sont pas forcément très fortunés.

Foot et pâturage

L’heure tourne. Nous partons à la découverte d’une falaise qui surplombe le village. On hésite mais « non », on ne grimpera pas à son sommet. Nous ne savons pas combien de temps cela nous prendrait et le bateau qui doit arriver… ou pas ! On ne prend pas de risque. On s’élance, payons l’équivalent d’1 euro (là encore pour l’entretien du sentier) et nous arrêtons à mi-parcours à l’entrée d’une grotte.

Un chien vient à notre rencontre. Il s’agit probablement de l’animal de compagnie du pauvre vieux qui nous a fait payer l’entrée du site. Il nous suit pendant que nous nous engouffrons dans la caverne éclairée à la seule lueur de nos téléphones portables. La voute est façonnée de karst. Peu de formations calcaires. Ce ne sont pas les grottes de Bétharram ! D’autant qu’on n’y voit rien. Le sol est terreux. Pas de trace, mis à part celles des pattes du chien qui nous devance avant de revenir vers nous comme pour nous guider.

Un chien et des buffles

On est enfermé depuis une dizaine de minutes et, ne voyant pas le bout du tunnel, Pierre décide de rebrousser chemin. Matthieu hésite, poursuit sur quelques dizaines de mètres puis retourne à l’extérieur à son tour. On a bien parcouru plusieurs centaines de mètres dans le noir le plus total. Nous remontons au-dessus et devons nous hisser sur une échelle de cordes et de planches de bois pour découvrir le panorama.

Île aux buffles

Notre regard se porte directement entre deux futaies d’arbres qui dévoilent au fond une île sablonneuse au milieu de la Nam Ou. Nous sommes déjà à plusieurs dizaines de mètres du sol mais nous distinguons une petite famille de buffles qui se baigne et paisse paisiblement les quelques rares herbes rêches de cet îlot. Tranquillité.

Nous redescendons enfin, accompagnés par le chien du maître des lieux et d’un groupe de jeunes italiens bruyants. Nous retrouvons bien vite l’unique rue de Muang Ngoi aux restaurants disproportionnés. Le bateau de 14 heures ne semble pas avoir ramené autant de touristes que voulu. Nous avons l’impression d’être encore plus seuls que ce matin. La plupart des backpackers sont déjà partis à la recherche du meilleur point de vue sur la vallée, au sommet des montagnes, ou déjà posés dans leur guesthouse pour se reposer.

Le tube du Laos

Néanmoins, l’ambiance n’est pas lugubre. Les habitants que nous croisons restent souriants. Nous nous posons sur une terrasse et commandons un café bien noir et chaud : précisions utile dans un pays où le café se boit avec du lait et des glaçons. Le couple de retraités français rencontré un peu plus tôt s’installe à côté de nous et nous remercie de nouveau : ils ont bien trouvé leur hôtel grâce à nos indications.

Café noir pour nuit blanche

La langueur de l’après-midi commence à nous parcourir. D’autant que s’envole par-dessus les maisons du village la plainte d’une chanson qu’il nous semble avoir déjà entendue un peu partout depuis quelques jours. Une chanson magnifique et bouleversante. On aurait pu croire en un hymne national tellement les gens se figent dès les premières notes. On sent une émotion monter dans leur regard. Il s’agit d’une chanson populaire très récente. Le tube du moment au Laos.

La voix nous fait penser à Nina Hagen (mais l’interprète est un chanteur et non une chanteuse). La mélodie est originale, loin des boîtes à rythmes qui polluent les musiques du Sud-Est asiatique. Nous sommes nous aussi hypnotisés par ce chant. Pongsit Kampee a 52 ans. Il est Thaïlandais. Et il nous aura accompagnés tout au long de notre séjour au Laos avec son « ขอโทษ«  qui signifie « Désolé ! ».

Paradis gastronomique

Finalement, après avoir attendu deux heures sur la plage/port/embarcadère de Muang Ngoi, nous arrivons à négocier le prix d’un bateau retour avec deux Australiens. Nous rentrons comme prévu à Nong Khiaw au soleil couchant vivant l’instant, cette fois-ci, sous le pont. En remontant la berge, nous repassons devant un resto au nom français (c’est chic) que nous avions jusqu’à présent laissé de côté. Le Couleur Café est en fait tenu par l’ancien second d’un chef français dont le restaurant est à Luang Prabang.

Il vient d’ouvrir son propre établissement ici, à Nong Khiaw, il y a quelques semaines seulement et les avis sont déjà dithyrambiques. Le repas est laotien avec un service à la française. Le jeune chef est aux fourneaux avec sa femme. Il parle un français impeccable et nous explique avec précision ce qu’il souhaite nous proposer à dîner. Deux choix de menu seulement. Tous les deux à 40.000 kips (soit 4 euros pour 3 plats chacun). Et nous voilà embarqués pour un délice culinaire incroyable. Ce sera notre meilleur restaurant du Laos voire même de tout notre début de tour du monde.

Mention spéciale pour le poulet servi avec du riz gluant noir. Le poisson de la Nam Ou en papillote est d’une finesse digne des plus grands établissements. Nous connaissons quelques restaurants étoilés et on peut vous le dire avec assurance : il suffit qu’un inspecteur du Michelin s’aventure jusqu’à Nong Khiaw pour que le Couleur Café remporte rapidement sa première étoile.

Nouvelle danse avec les Laotiennes

La soirée se terminera en compagnie de jeunes laotiens, étonnés de nous voir débarquer dans leur gargote au bout du village idéalement située au bord de la rivière. La musique pop sud-asiatique entraine les habitués qui boivent bières sur bières ; filles et garçons venant à tour de rôle nous demander des selfies ; certaines plus téméraires nous proposeront même de danser. Ce que nous ferons avec plaisir… sous le regard noir de leurs petits amis.

Merci Nong Khiaw !

Nouveau matin calme au bord de la Nam Ou. La soirée de la veille fut bien arrosée… Mais après un bon café noir, on repart de l’avant. Une soupe prise à même le sol dans la rue et nous revenons régler notre dernière nuit dans ce paradis. Notre Saint-Pierre nous salue d’un large sourire et d’un grand « Merci ! »

Nous reprenons nos sacs et notre route. Après cinq jours ici, le pari est de poursuivre dans un pays tout aussi beau, calme et accueillant. Pari risqué : Nong Khiaw a mis la barre très haut. Tout à l’heure, nous découvrirons la renommée de Luang Prabang, décriée par Sophie quelques semaines plus tôt. Mais il faut bien avancer pour ne pas succomber à la tentation de s’endormir dans le paradis blanc…

Nos coups de cœur

Dormir. La guesthouse Pho Sai River View. Dénichée grâce à Google Maps, elle est située en contrebas de la rue principale, sur la rue parallèle à la rivière. Plusieurs bungalows collés les uns aux autres, en bois, avec balcon (préférez les chambres du 1er étage). Un propriétaire à la fois discret et aidant. Une vue et un prix (8 euros la nuit) qui vous fera rester plus longtemps que prévu. Impossible de réserver en ligne : on débarque à l’improviste et on demande. Guesthouse Pho Sai River View, 2, Nuay 1, Nong Khiaw

Dîner. Le Couleur Café, l’un des meilleurs restaurants du Laos. Il est situé juste avant le pont de béton, rive droite, à l’angle de la rue principale et de la descente vers l’embarcadère. Le couple de Laotiens qui tient l’établissement propose des menus (ou « sets ») de trois plats frais, magnifiquement bien exécutés et variés. Une vraie belle surprise. Couleur Café Restaurant, 1C, Nong Khiaw

Déjeuner. Nous l’avons appelé Chez la dame tout au long de notre séjour et tout au long de cet article. Cette cuisine familiale est en fait le Laos Homemade Food (pas certain que ce soit son véritable nom, mais c’est comme cela que vous le retrouverez plus facilement sur Google Maps). Elle est située sur la rue principale de Nong Khiaw. Comme on vous le disait dans l’article, c’est une mère de famille qui tient le lieu (aidée très souvent par son fils). On y mange de la savoureuse cuisine laotienne à des tarifs très raisonnables et en portions copieuses. Comme à la maison !

Nos autres étapes au Laos

3 commentaires sur “Nong Khiaw, Muang Ngoi : une pause au paradis

  1. Superbe récit !! J’ai mis ces points de côté lorsque je déciderai de me rendre là-bas. Les paysages me paraissent semblables à ceux de Hpa-An en Birmanie comme évoqués, mais beaucoup plus vallonnés. L’Asie du Sud-Est n’a pas fini de nous étonner ! Je me rendrai dans ce restaurant (Couleur Café) et j’irai leur remettre cette étoile michelin moi aussi haha

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