Sam Roi Yot : l’étape nature qui vire à l’embrouille

Temple à Sam Roi Yot

On rejoint la terre ferme pour découvrir Sam Roi Yot, un magnifique parc naturel niché au milieu de la Thaïlande. Une belle étape nature qui finira en étape embrouille quand un hôtelier allemand tentera de nous arnaquer et appellera la police de l’immigration pour nous « faire expulser du pays »

Toute île paradisiaque a une fin. On quitte Koh Chang pour rejoindre la terre ferme et poursuivre notre remontée de la Thaïlande. Prochain arrêt : le parc national de Sam Roi Yot, situé en plein milieu du pays… donc au milieu de nulle part. C’est une région peu visitée par les étrangers, car trop loin de Phuket comme de Bangkok. Il faut y aller exprès ou, comme nous, avoir l’idée un tantinet saugrenue de parcourir toute la péninsule par voie terrestre. 

Nous en avons pour une dizaine d’heures de trajet en bateau, en bus, peut-être aussi en train et en taxi. Mais les horaires ne s’emboitent pas. Impossible de faire cela en une seule journée. Nous coupons la poire en deux, avec une nuit d’étape à Chumphon, une grosse bourgade de trente mille habitants au croisement des principaux axes routiers.

Vrai-faux motel américain

Comme d’habitude, notre bus nous dépose à 1 kilomètre du centre-ville. On termine à pied, nos sacs sur le dos, une petite pluie désagréable venant nous chatouiller la nuque. Nous avons jeté notre dévolu sur le At Night Hôtel. Un véritable… motel américain, avec son bâtiment de plein pied, ses chambres donnant sur le parking, sa façade en fausses briques et une décoration intérieure kitschissime. On pourrait se croire dans un Disney Village ou un décor de série B. Mais non, nous sommes bien dans un petit hôtel thaïlandais. Le résultat est en tout cas amusant et, disons-le, plutôt confortable.

Matthieu passe sa première heure sur place avec la réceptionniste. Enjeu : trouver le bon mode de transport pour l’autre moitié de route qui nous attend demain. Car oui, on sait où on va, mais on ne sait pas encore trop comment on y va. Elle déballe sur le comptoir les horaires des autocars, des minibus et des trains. Ils comparent ensemble les temps de parcours, les correspondances et bien entendu les prix. Puis le voici qui revient, tout heureux, vers Chantal, Olivier et Pierre pour leur présenter la « meilleure » solution (comprendre : la moins chère) : un train local (comprendre : lent et au confort sommaire) qui quitte Chumphon à 6 heures 50 du matin. Les parents de Matthieu voulaient voyager comme on le fait d’habitude ? Les voilà servis.

Comme la nuit est déjà tombée, et que l’on sait à présent qu’elle sera courte, on file boire un verre et trouver de quoi manger. Chumphon, en banale ville moyenne, n’a pas grand chose à offrir en la matière. On atterrit au bord de la gare, dans un immense bar… entièrement vide. Il y a peut-être trente ou quarante tables, de quoi servir deux cent personnes. Nous l’avons pour nous quatre. 

Quand les parents testent la street-food

C’est un bar musical. C’est d’ailleurs ce qui a retenu notre attention lorsqu’on passait dans la rue. Une chanteuse et quatre musiciens se donnent en concert comme s’il y avait foule devant eux. Ça accroche le chaland qui s’aperçoit une fois assis que cette douce voix résonne dans le vide. Notre arrivée fait néanmoins des heureux : une demi-douzaine de serveurs, qui devait bien s’ennuyer jusque là et qui se met en branle avec professionnalisme. On trinque à coups de Chang. Ça nous ouvre l’appétit.

Pour le dîner, on opte pour une ambiance différente : celle des stands de street-food. On les avaient adoptés en Inde, où ils sont partout. Ils nous avaient ensuite manqués en Indonésie et en Birmanie, où ils se font plus rares. On les retrouve avec bonheur en Thaïlande, où les marchés de nuit sont une véritable institution. Même dans la nonchalante Chumphon, toute une rue est dédiée au night market. Ce n’est pas vraiment le grand soir de la gastronomie, beaucoup de marchands vendent la même chose, mais il y a quand même de quoi se remplir agréablement l’estomac. Et puis, c’est l’occasion de faire découvrir à Chantal et Olivier une autre de nos routines : manger debout, sur le pouce, en croquant alternativement dans du salé et du sucré sans trop se soucier que ce soit une entrée, un plat ou un dessert. 

Ils ont aimé l’idée, un peu moins la pratique. Difficile, la première fois, de sauter sur ces plats étranges qui se préparent sous votre nez, dont on ne comprend ni le nom ni les ingrédients. Difficile aussi de se passer d’une table, d’une chaise, ou tout simplement de couverts… Ils n’en disent rien, ils respectent poliment notre habitude, mais on les sent dubitatifs. D’un regard, on comprend qu’il ne va pas falloir rééditer l’expérience tous les jours. Promis, demain, on se posera dans quelque chose qui ressemble davantage à un restaurant !

Pran Buri, nous voilà !

5h30. Le réveil sonne. On saute sous la douche puis on se retrouve tous dans le réfectoire de l’hôtel. La gérante a préparé une soupe de riz comme on les aime pour le petit déjeuner. On l’engloutit et on reprend la route. Les rues sont totalement désertes à cette heure – les Thaïlandais sont bien plus lève-tard que les Birmans. Le sol est détrempé. Il a plu toute la nuit. Heureusement le soleil a repris le dessus. La journée sera belle ! 

On prend nos tickets et on attend patiemment sur le quai. À l’heure dite, la vieille loco fait son entrée sur la voie. On monte à bord, on choisit nos sièges. Pas de place numérotée, c’est un wagon général, avec ses banquettes usées par les corps de générations de passagers. La température monte au fur et à mesure que les bornes défilent. On ouvre la fenêtre pour que le vent fasse climatiseur. Dans l’allée centrale, les vendeuses se succèdent pour nous proposer à manger. Chacune nous interpelle la voix haute pour écraser le son de la concurrente qui la suit. On a envie de leur acheter quelque chose juste pour qu’elles arrêtent de crier…

Vers midi, Pran Buri est annoncée. C’est notre arrêt ! Nous sommes les seuls à descendre là. Au point qu’on se demande si c’est vraiment la bonne gare. Surtout qu’une fois au sol, on constate qu’il n’y a plus de gare. Une route est en construction le long de la ligne de chemin de fer. Du coup, tous les abords ont été rasés. C’est un Algeco solitaire qui fait office de guichet. Le reste n’est que pelleteuses et tas de terre. On descend le talus en remuant la poussière du pied. On atterrit sur un parking vide, puis sur une longue rue rectiligne, déserte elle aussi. 

« Moins vite chauffeur ! »

Sam Roi Yot est encore à 20 kilomètres. Nous sommes censés prendre un bus ou un taxi. Il n’y a ni l’un ni l’autre. Alors, le temps de trouver une solution, on va déjeuner. On atterrit dans le seul resto ouvert, tenu par trois femmes chinoises, les yeux grands étonnés de nous voir là. Les murs et le frigo à boissons transpirent la crasse. Les rares clients ont l’air séniles. Pour rejoindre les toilettes, il faut emprunter un couloir où des tripes fraichement nettoyées sèchent sur une corde à linge. Le genre d’ambiance surréaliste qu’on adore. On leur demande où trouver un bus. « Il n’y a pas de bus. » Un taxi ? « Il n’y a pas de taxi. » Nous quittons l’échoppe bredouille, mais tout de même le ventre plein. 

Tandis qu’on s’imagine faire du stop, on tombe sur quatre papis qui jouent aux cartes. « L’un de vous accepterait-il de nous emmener à Sam Roi Yot ? » Ils font la moue, puis se jaugent entre eux du regard. Le premier renvoie la balle au deuxième. Le deuxième demande au troisième d’accepter. Le troisième dit que c’est au quatrième d’y aller. Le quatrième, lui, n’a plus personne sur qui se défausser. Alors il accepte. Le temps de négocier le montant, il file chercher son véhicule. Il revient avec un énorme pick-up blanc, comme on n’en voit d’habitude que dans Walker Texas Ranger

On balance nos sacs dans la remorque et on prend place dans la cabine. Roulez jeunesse ! Pas besoin de lui chanter « plus vite chauffeur » : le vieil homme dépasse déjà largement la limitation autorisée. Le code de la route ? Il ne s’en rappelle plus. Chaque virage est pris plus serré que le précédent. Sa seule obsession ? Reprendre au plus vite la partie de cartes avec ses amis.

Une diversité folle de paysages

Dix minutes plus tard, nous arrivons néanmoins vivants. Nous sommes déposés face à la baie de Sam Roi Yot, avec sa plage de sable fin qui s’étend sur sept kilomètres et sa mer si calme qu’on croirait avoir devant soi une gigantesque piscine. Une vue qui vous fait immédiatement oublier les aléas du trajet. Et elle n’est qu’un avant-goût de ce que ce formidable parc naturel à offrir ! 

Sam Roi Yot, c’est une diversité folle de paysages et de reliefs sur une surface de seulement 100 kilomètres carrés. On voyage en un instant de la plage à la montagne. De la montagne à la jungle. De la jungle à la mangrove. On emprunte des petits sentiers à flanc de falaise pour passer de crique en crique. On pénètre dans des grottes habitées par les singes, où un roi mystique a fait bâtir son temple. Puis on prend un bateau pour glisser sur l’estuaire jusqu’à la pleine mer. On déambule sur des pontons de bois pour débusquer la faune. On grimpe sur un sommet pour admirer le coucher de soleil. 

Nous vous recommandons vivement cet article qui vous le présente dans ses moindres détails. Nous passerons pour notre part une journée à l’arpenter. Et qu’on se le dise : une journée, c’est beaucoup trop court ! Ce parc mérite amplement qu’on prolonge la visite.

Mariages arrangés

Oui, une journée, c’est beaucoup trop court. Surtout quand on nous loue un scooter défectueux. Une arnaque en apparence insignifiante mais qui, en quelques heures, prend des proportions telles qu’on finit encadrés par trois policiers et par les proprios de notre hôtel leur criant : « Expulsez-les de Thaïlande ! » Mais commençons cette histoire par le commencement : notre hôtel.

Nous séjournons au Blue Beach Resort – on a pris l’habitude en Asie du Sud-Est des noms pompeux pour désigner des hôtels de routards. En soi, cet hébergement est simple mais plutôt dans la bonne moyenne de notre tour du monde. Chaque chambre double prend la forme d’un bungalow avec une salle de bain et une terrasse où prendre l’apéro. À l’entrée, il y a un resto-bar abordable. Au fond du jardin, on peut se rafraîchir dans une piscine. Le tout est beaucoup plus décrépi que sur les photos de booking.com mais, à 15 euros la nuit à deux, ça reste une bonne affaire. 

On y arrive à midi. C’est le gérant qui nous accueille : un expatrié allemand marié à une Thaïlandaise. Enfin, marié, disons plutôt partenaire, ils n’ont aucune relation de couple. Car en Thaïlande, tout étranger qui souhaite monter son business doit s’associer à un habitant. Ce dernier est le « vrai » propriétaire de l’affaire (et, en cas de litige, il a le dernier mot). C’est ainsi que quelques Occidentaux, souvent des hommes célibataires souhaitant passer leur retraite au soleil, en viennent à se marier par convenance avec des Thaïlandaises. Une pratique bien entendu minoritaire, mais bien réelle. Et le Blue Beach Resort de Sam Roi Yot semble être leur repère : en terrasse, à notre arrivée, ce ne sont que de vieux expats entrepreneurs aux côtés de jeunes thaïes.

Un hôtelier bipolaire

L’Allemand donc, nous accueille. Vêtu d’un tee-shirt et d’une casquette « police », il écoute à fond du Johnny Cash et affiche à ses côtés un panneau « Je porte un flingue car c’est plus simple que de porter un flic. » Ça pose le personnage. Il a mal noté notre réservation : il nous pensait deux et non quatre, il a prévu deux lits simples au lieu de deux lits doubles. Cela le fait ronchonner. 

Une seule des chambres est prête. On la laisse aux parents de Matthieu et on attend sagement la nôtre autour d’une table. « Il y en a pour quinze minutes », dit-il. Vingt minutes passent, puis quarante. Nous en sommes à une heure d’attente. On retourne le voir à son comptoir tandis qu’il regarde des vidéos Youtube. Visiblement, on le dérange. « Je vous avais dit quinze minutes. Alors évidemment qu’elle est prête votre chambre. Vous pouvez y aller », s’énerve-t-il. Sauf qu’on n’a ni la clef, ni le numéro. « Bon », soupire-t-il. Il farfouille dans ses affaires et nous tend un trousseau.

À ce moment-là, on aurait peut-être dû se dire que ce Monsieur n’était pas très fiable. Mais on pense à une simple saute d’humeur. Après quelques brasses dans la piscine, on a déjà oublié le désagrément. On revient vers lui pour qu’il nous indique où louer des scooters. « Des scooters ? J’en loue. Vous en voulez combien ? », nous demande-t-il, cette fois avec le sourire. Le prix est correct. On en réserve deux pour le lendemain. « Dès votre petit déjeuner terminé, ils seront à vous pour la journée. » Cette fois, il est carrément chaleureux. Nous voilà réconciliés !

« 5min, ça ne veut pas dire 5min »

Pour visiter le parc de Sam Roi Yot, il faut se lever tôt… car tous les accès aux chemins de randonnées ferment à 15 heures. Les rangers y veillent farouchement pour éviter d’avoir à secourir des marcheurs égarés en pleine nuit. Et pour relier ces départs de randonnées, mieux vaut un scooter qu’un vélo, car il y a plusieurs dizaines de kilomètres de route sous un soleil caniculaire.

Le jour J, nos petits déjeuners achevés, on va saluer le propriétaire et récupérer nos scooters. « Ah oui, c’est vrai, vous avez loués des scooters », souffle-t-il en haussant les épaules. « Ils ne sont pas ici, mais j’appelle tout de suite, ils arriveront dans cinq minutes. » Vous devinez la suite ? Dix minutes passent, puis vingt, puis trente. 

On retourne voir l’Allemand : « Oh vous savez, cinq minutes en Thaïlande, ça ne veut pas dire cinq minutes. » Sic. Nos deux roues débarquent quarante-cinq minutes plus tard. C’est sa femme qui nous les remet. Matthieu se risque à une réflexion : « Quel était l’intérêt de réserver la veille s’il faut ensuite attendre si longtemps ? » Réponse cinglante de l’intéressée : « Si vous n’êtes pas content, allez donc les louer ailleurs. » Quel couple adorable !

Il est 10 heures. Nous nous mettons enfin en route… Direction notre premier stop de la journée : la plage de Prachuap Khiri Khan, depuis laquelle nous rejoindrons à pied la grotte de Phraya Nakhon. Mais, soudain, au bout de trois kilomètres, c’est la cata. 

À deux doigts de l’accident

Le pneu arrière d’Olivier et Chantal éclate. Ils freinent tant bien que mal. Heureusement, la route est neuve et en ligne droite. Ils gardent le contrôle, évitent la chute : on se dit quand même qu’on est passé à deux doigts d’un accident grave (et on vous rappelle de bien vérifier lors de vos séjours à l’étranger que votre assurance prend en charge ce type de risques !). 

On se remet vite de nos émotions pour réfléchir à comment réparer. On rejoint une pompe à essence toute proche. Les gérants ne parlent pas un mot d’anglais. Ils n’ont aucun outil. On appelle donc l’hôtelier pour lui signaler le problème. Il se veut rassurant et aimable : « Pas d’inquiétude. Je vous envoie tout de suite de l’aide. » On lui adresse la localisation exacte sur WhatsApp. Il n’y a plus qu’à patienter. Encore. 

Au bout d’une heure, le téléphone sonne. C’est lui qui nous rappelle. Et il est mécontent. « Mes amis ont fait le tour des stations-service sans vous trouver ». On lui répond qu’on est exactement à la localisation transmise. « Je ne leur ai pas envoyée. Ils ne savent pas utiliser Google Maps. Appelez-les. Ce sera plus simple ». On ne voit pas trop en quoi ce sera plus simple, mais on s’exécute. Sauf qu’une fois au bout du fil, nos interlocuteurs nous parlent en thaï ! Le premier échange s’avère totalement infructueux. La deuxième fois, Matthieu va chercher le patron de la station-service et lui tend son portable. C’est bon : il leur indique notre emplacement.

Vers 11 heures 30, voilà enfin nos sauveurs… dans un tuk-tuk et sans rien pour réparer la roue. On peut difficilement faire moins efficace. Finalement, l’un embarque les parents de Matthieu, l’autre se charge de ramener le scooter défectueux. Nous les suivons avec le nôtre. Pour le garagiste, le constat est net : nous ne sommes pas responsables de la crevaison, c’est la chambre à air qui était défectueuse – de mauvaise taille, usée et sûrement trop gonflée – ce qui a entraîné son explosion. On attendra trente minutes de plus pour pouvoir repartir.

Enfin, la visite !

En prenant la route à midi, autant vous dire que nous devons revoir notre programme à la baisse. Nous n’avons le temps que pour une seule randonnée. La balade n’en est pas moins superbe : un petit sentier au  départ d’un port de pêche, qui serpente sur les rochers puis dans la forêt. La vue sur la mer est incroyable. On croise des singes et un serpent. Jusqu’à arriver à Phraya Nakhon. À l’intérieur de la grotte, le changement de température est saisissant. On sort les pulls et on poursuit notre marche au coeur de cette gigantesque cavité éclairée par des puits de lumière naturelle. La pierre nous encercle, nous domine, nous écrase. On se sent comme miniaturisés devant cet ensemble géologique spectaculaire. 

Dans la dernière salle, elle aussi baignée par les rayons du soleil, nous découvrons le but ultime de l’aventure : le pavillon royal Kuha Karuhas. Il date de 1890, quand le roi Rama V, en visite à Sam Roi Yot, en eu la vision. Il lui fallait un temple précisément à cet endroit. Architectes et ouvriers se mirent aussitôt au travail, sculptant et assemblant le bois, le recouvrant de dorures, jusqu’à donner corps à cet ouvrage raffiné. Aux recoins, nous remarquons des offrandes et des bougies. Le pavillon est encore aujourd’hui un lieu de recueillement et de prières. 

Faute de pouvoir nous lancer dans une seconde randonnée, nous gagnons à scooter le Wat Khao Daeng, à l’extrémité sud du parc. Cet autre temple, bâti dans une clairière cernée de cocotiers et de montagnes, mérite lui aussi le coup d’oeil. Il est par ailleurs le point de départ d’une petite excursion en bateau de la mangrove à l’estuaire. Nous sommes la seule embarcation sur l’eau. On déniche quelques aigrettes et aigles pêcheurs. On s’étonne devant des Oxudercinae qui se dandinent sur la vase : des poissons capables de survivre hors de l’eau, qui utilisent leurs nageoires comme des pattes. Parfait pour terminer en douceur l’après-midi !

Jeu du chat et de la souris

Nous rentrons à l’hôtel vers 17 heures. On ne s’attend pas à un tapis de fleurs, mais au moins à ce que l’hôtelier prenne de nos nouvelles. Il sait que la matinée a été dure. C’est l’inverse qui se produit. À peine avons-nous déposé les scooters qu’il disparaît dans sa réserve. Même pas le temps d’échanger un mot. La scène se répète toute la soirée : dès qu’on approche, il nous fuit. C’est le jeu du chat et de la souris. Au début, on en rigole, puis ça devient franchement agaçant. D’autant qu’on doit lui régler la journée à scooter et qu’on compte bien obtenir qu’il coupe la facture en deux. Qu’à cela ne tienne : demain, c’est le jour du départ. Cette fois, il sera bien obligé de nous parler ! 

Mais non, il continue son jeu douteux. Au petit-déjeuner, il envoie sa commis de cuisine prendre notre commande. Et c’est à cette même employée, qui ne parle pas anglais, qu’il confie la mission… de nous faire régler la facture des deux-roues. Elle dépose sobrement le papier sur notre table. Il n’y a évidemment aucune ristourne dans le montant indiqué. Elle attend ensuite qu’on sorte la monnaie. C’est là que tout part en vrille. Mais nous ne le savons pas encore. 

Nous posons sur la table 250 baths, soit la moitié du prix de la location. Et nous tentons d’expliquer à la jeune femme : « Demi-journée de location, donc demi-tarif. » Elle repart embarrassée auprès de ses patrons, à dix mètres de là. On les voit s’énerver et nous lancer des regards noirs. Ils saisissent alors leur téléphone. Que doit-on en comprendre ? Matthieu se lève et les rejoint. 

Vous avez appelé la police ? Ne quittez pas

Ils le reçoivent d’une phrase : « Nous appelons la police. » Matthieu tente l’apaisement : « On peut peut-être discuter d’abord? » Mais leur décision est prise : « Non, nous appelons la police. » S’en suit un monologue de l’hôtelier, dont chaque phrase se fait plus menaçante : « Si vous n’avez pas d’argent, il ne faut pas voyager. Retournez dans votre pays. » Puis : « La police de l’immigration va venir contrôler vos visas. Elle va fouiller vos sacs. Vous serez expulsés et blacklistés à vie de Thaïlande. » Le tout ponctué de « fuck » et de « shit »

Pendant ce temps, sa femme nous prend en photo. C’est un classique en Asie du Sud-Est, déjà vécu en Birmanie : en cas de problème, on vous prend en photo. On est tellement surpris et déçu par la tournure des événements, que nous ne trouvons qu’une chose à répondre : « D’accord, appelez la police. » Puis on se rassoie pour finir notre petit déjeuner.

Une demi-heure plus tard, la police locale débarque dans un gros pick-up, gyrophare allumé. Les deux agents qui sortent du véhicule ne parlent pas un mot d’anglais. Décidément ! L’hôtelière les accapare avec habileté : elle leur propose immédiatement un café, les installe à une table éloignée de la nôtre et en profite pour les briefer longuement en multipliant les sourires. Ce sera sa version contre la nôtre. 

Trouver un compromis

C’est là qu’on dit merci à Google Translate. Nous retranscrivons par écrit notre vision des choses, en ajoutant moult formules de politesse. Nous nous excusons platement que la police soit appelée pour un litige aussi mineur. Et, surtout, nous insistons sur notre volonté de régler le problème par la discussion : nous ne sommes pas de mauvais payeurs, nous voulons juste payer le prix juste pour un service qui s’est avéré défectueux. Ce n’est pas une question de budget, c’est une question de principe.

Il faut reconnaître qu’entre les hôteliers surexcités et nos traductions approximatives du Français au Thaï, les policiers font preuve de beaucoup de patience et de diplomatie. On sent qu’il est possible de trouver avec eux un compromis. On leur propose de couper la poire en deux : les propriétaires demandent 500 baths, nous proposions de payer 250 baths, ramenons la facture à 350 baths et tout le monde sera content.

Les policiers trouvent cette solution satisfaisante et filent la proposer aux propriétaires – qui refusent toujours de nous adresser la parole directement. « C’est hors de question », s’écrient-ils, tout en redemandant aux agents de nous conduire au poste. Là, on commence à s’inquiéter, non pas d’être arrêté, cela paraît peu probable, mais de louper notre train pour Bangkok – notre prochaine étape – qui part à 11 heures.

Et maintenant, l’immigration

Chantal et Pierre retournent dans les chambres pour préparer les sacs. Olivier et Matthieu poursuivent tant bien que mal la négociation. Mais devant le refus catégorique des hôteliers, les policiers locaux ne trouvent qu’une chose à faire : appeler la police de l’immigration pour lui demander de venir à son tour. La propriétaire est ravie. Elle interprète cela comme une victoire.

Vingt minutes plus tard, voilà la police de l’immigration. On sait que c’est elle, car c’est marqué en gros sur la veste du policier, un peu comme le sigle FBI dans le dos des fédéraux américains. L’homme n’a pas l’air d’un rigolo. On a une petite montée de stress. Et si les menaces sur nos visas et notre expulsion du pays passaient à exécution ? Va-t-on devoir fêter Noël dans un pays limitrophe ? Les parents de Matthieu devront-ils rentrer en France précipitamment ? Dans quelle galère nous sommes-nous fourrés ? 

L’hôtelière refait le même numéro : le café offert, la table éloignée de nous, le briefe avant qu’on ait pu dire le moindre mot. Mais là, la réaction du policier n’est pas celle escomptée : il s’agace d’avoir été dérangé pour un problème si ridicule. Il vient nous. Il parle anglais. Alléluia ! Nous lui expliquons sommairement notre version. Il nous coupe, nous dit d’aller à l’essentiel. Puis… il ne se passe rien. L’agent de l’immigration va s’asseoir à l’écart et ne dit plus un mot.

La force du silence

Nous n’avons pas trop compris ce qu’il s’est passé ensuite. Si ce n’est, tel le dicton, qu’un silence est quelquefois plus éloquent que la parole. Au bout de dix minutes, l’hôtelière s’approche de nous, ramasse sur la table les 350 baths qu’on lui proposait puis part vaquer à ses occupations. Son mari se retire à son tour. Les policiers viennent quant à eux nous serrer la main, en guise d’au revoir.

On retourne à nos chambres, rejoindre Chantal et Pierre. On attrape nos sacs à dos et on file sans se retourner. Notre train est à l’heure. Il file vers Bangkok. Nous y serons dans six heures, le temps de réaliser la folle matinée que nous venons de vivre.

Nos coups de coeur

Randonner. La grotte de Phraya Nakhon mérite à elle seule la visite du parc de Sam Roi Yot. Le sentier débute sur la plage de Prachuap Khiri Khan, accessible en scooter. Comptez une heure et demie de marche jusqu’à la grotte, avec un arrêt sur la jolie plage de Laem Sala (où il est possible de déjeuner). Il faudra vous acquitter du ticket d’entrée pour le parc naturel (200 baths) à un guichet tenu par les rangers. Ce ticket est ensuite valable pour les autres sites du parc, pendant toute la journée.

Observer. Khao Daeng offre un magnifique panorama sur les montagnes, la mer, la mangrove et les bassins d’élevage de crevettes. Le point de vue est accessible en quarante minutes de marche, par un sentier escarpé situé au bord de la route 4020, à 1,5 kilomètre au sud du temple du même nom. Le parking est indiqué par de grands panneaux. Privilégier la seconde moitié d’après-midi pour admirer le soleil couchant. Mais attention aux horaires : le dernier départ pour cette randonnée est fixé à 15 heures 30, au-delà les rangers vous interdiront l’accès.

S’éloigner. Le parc de Sam Roi Yot se poursuit de l’autre côté des montagnes avec les marécages de Thung Sam Roi Yot. Il s’agit des plus grands marais d’eau douce de Thaïlande. La route bordée par l’eau et les joncs est magnifique. Un ponton en bois d’un kilomètre permet d’observer les oiseaux. Ce site est toutefois un peu excentré – comptez une grosse heure de route depuis la plage de Sam Roi Yot : à visiter uniquement si vous séjournez au moins deux jours entiers sur place.

Manger. Un petit night market se tient chaque soir près du 7 Eleven de Sam Roi Yot, au bord de la route principale : une dizaine de stands qui se complètent bien, avec légumes, poulet grillé, brochettes de poisson et jus de fruits. Le lieu n’est fréquenté que par les habitants du village. Prix bien plus raisonnables que dans les restos de bord de mer. 

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4 commentaires sur “Sam Roi Yot : l’étape nature qui vire à l’embrouille

  1. Bonjour,

    Je me permets de venir commenter vu que je suis l’auteur du blog recommandé 😉 Merci pour ça ! Par contre je tenais à dire attention aux clichés… Parce que le coup du « l’étranger il est marié que pour avoir un business », c’est pas terrible comme formule…. Etant moi même mariée à une Thaï, ce n’est certainement pas pour ça que je l’ai fait. De plus oui, il y a souvent des hommes d’un certain âge avec des Thais plus jeunes, mais pour leur défense, il y a beaucoup de célibataires ici, elles sont souvent délaissés par leur mari ou ami Thai lorsqu’elle tombe enceinte trop tôt et quand elles sont casés comme ça avec des étrangers, elles ont souvent la trentaine bien passé, elles font juste jeune.

    Enfin concernant les scooters, c’est là que vous vous rendez compte de l’importance d’être en règle, car si là vous n’avez pas eu d’accident, votre mésaventure avec le gérant de l’hôtel aurait été peanut fasse aux frais de l’hôpital… (parce que j’imagine que vous n’aviez pas de permis moto donc pas assuré).

    En revanche je ne comprends vraiment pas l’attitude de l’hôtelier… Comment il arrive à rester dans ce milieu s’il supporte pas les moindres soucis et se débine aussi facilement… Pas cool…

    Enfin pour info, ce que vous avez vu au bord de l’eau, ce ne sont pas des « salamandres » mais bien des poissons, ce sont ce qu’on appelle des Oxudercinae (ou gobie c’est plus simple).

    1. Merci Romain pour ton message (et pour les nombreux conseils sur ton blog !).

      Effectivement, évitons les clichés, on va modérer un peu nos propos bien que lors de ce séjour à Sam Roi Yot nous étions vraiment entourés de couples « arrangés »…

      Pour les scooters, notre assurance voyage prenait bien en charge les risques d’accidents. Mais tu as raison de rappeler que ce n’est généralement pas le cas et que la vigilance s’impose en la matière.

      Et pour les salamandres, on corrige également de suite 😉

      1. Sauf qu’il est important de préciser que votre assureur va exiger que vous prouviez rouler en légalité au moment de l’accident, autrement il n’a aucune raison de vous couvrir si d’un point de vue légal, vous n’étiez pas censer conduire, c’est là le point que je veux soulever. Hors, je réitère mais je reste malheureusement persuadé comme comme encore trop de monde ne le sais pas, juste un permis international ne suffit pas (et encore, certains n’en ont même pas…)

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