Koh Phayam, l’île paradisiaque ?

Koh Phayam

Un vent de liberté souffle dans nos cheveux à notre arrivée en Thaïlande. Volonté de tourner la page de l’austère Birmanie ? En tout cas, envie de mettre les pieds dans le sable sans avoir à se poser de question. Pour cela, nous jetons l’ancre sur l’île de Koh Phayam.

[Récit de notre première étape en Thaïlande du 7 au 10 décembre 2019]

Qui n’a pas, un jour, rêvé de s’installer sur une île déserte ? D’avoir rien que pour soi une mer calme, une étendue de sable fin bordée de cocotiers et une petite paillote en guise de logement ? De ressentir la sérénité de Leonardo Di Caprio lorsqu’il atteint enfin son but dans le film La Plage, avant que l’intrigue ne se corse et ne le fasse partir en vrille ?

Cette promesse, beaucoup l’associent à la Thaïlande. Merci à la première saison de Koh Lanta et aux innombrables films, de James Bond à Bridget Jones, qui l’ont pris pour décor ! Et forcément, nous n’y échappons pas. Lorsque nous entrons dans le pays début décembre 2019, après trois semaines désarmantes en Birmanie, nous espérons nous aussi trouver l’île paradisiaque…

Pêcheur sur la mer d’Andaman

L’île déserte à l’heure du tourisme de masse

Ce n’est pas une mince affaire. À force de dire et de répéter depuis vingt ans que la Thaïlande est un joyau, le royaume s’est transformé en usine touristique. Près de 40 millions de voyageurs s’y rendent chaque année. Des milliers d’hôtels ont ouvert pour les loger. Des dizaines de milliers de restaurants, de bars et de clubs ont fleuri pour les divertir. Pattaya n’est plus très loin de ressembler à l’image qu’en donne le film éponyme. Phuket frôle la saturation. Dans les lieux les plus fréquentés – et ils sont nombreux – on est plus proche de l’Enquête Exclusive de Bernard de la Villardière que de l’image séduisante du pays du sourire. 

Alors comment la trouver, cette île, si elle existe encore ? La réponse peut surprendre. Tout simplement en ouvrant Le Routard et le Lonely Planet. Mais avec une lecture un peu différente de d’habitude. Nous épluchons ces deux guides incontournables de fond en comble. Puis nous supprimons de notre liste toutes les îles qu’ils recommandent. On regarde ensuite sur la carte celles qui restent. Et là, on trouve notre bonheur : Koh Phayam et Koh Chang, posées sur la mer d’Andaman à quelques encablures de la frontière avec la Birmanie. Pile sur notre itinéraire.

Un lit, ça nous suffit !

Nos passeports tout juste tamponnés, nous mettons le cap sur la première. Nous gardons la seconde pour plus tard et donc pour un article à venir – vous méritez bien deux articles sur les îles de Thaïlande en cette période de confinement. Nous voici à bord d’un bateau rapide qui semble davantage voler que flotter sur l’eau. On fend les vagues avec un sentiment de toute puissance. De quoi remporter une manche contre l’océan après qu’il nous a menacé lors de notre précédente traversée en barque. Un long ponton de pierre se dessine à l’horizon. L’engin freine et se love doucement contre lui.

Le ponton de Koh Phayam

Nos gros sacs arrimés sur le dos, nous avançons d’un pied assuré sur ce territoire insulaire. Notre hôtel, le bien nommé Rasta House, est à deux kilomètres de marche, sur la côte opposée. Le proprio est un petit cinquantenaire souriant, dont les compétences en anglais se résument à « hello » et « thank you ». Quant à nos connaissances en langue thaï, comment vous dire… Elles en sont à leurs balbutiements. Mais l’homme a la solution en main : son smartphone. Il ouvre Google Translate, lui parle et nous balance le son traduit en retour. C’est par l’intermédiaire d’une voix de femme robotisée que nous faisons chaleureusement connaissance. 

La solitude en prime

En guise de paillote, nous avons dégoté une case sur pilotis, perchée à trois mètres du sol au milieu d’un jardin arboré. L’intérieur est minimaliste mais spacieux. Façon de dire qu’il n’y a aucun meuble en dehors du lit… « Ça nous laisse de la place pour poser les bagages », positive-t-on. Pas de wifi, mais une ampoule qui nous assure d’y voir la nuit. Et une prise électrique pour recharger à tour de rôle nos téléphones. La plage n’est pas devant la porte, mais à moins de cinq minutes à pied. D’ailleurs, nous y filons aussi sec. 

Mer calme, sable fin, cocotiers : tout y est. Avec la solitude en prime. Cette crique de cinq cent mètres de long est encore vierge de construction. Seuls trois voyageurs s’y promènent en silence. On ne se fait pas prier : trente secondes plus tard, nous sommes en maillot, allongés au soleil, bercés par le bruit des vaguelettes. 

La plage près de notre chambre d’hôte

Koh Phayam n’est pourtant pas une île déserte. Elle compte plus de 600 habitants ainsi qu’une vingtaine de petits hôtels. Mais elle est vaste au point qu’on pourrait s’y croire seul. Les voitures y sont proscrites. Quand au village, il est installé près du ponton, de l’autre côté de l’île. Nous avons donc le luxe d’avoir une plage rien que pour nous tout en pouvant, quand nous le souhaitons, rejoindre la civilisation en vingt minutes à pied.

Soirée inaugurale

Sur le chemin de notre hôtel, nous avons d’ailleurs remarqué une affichette : ce soir, les habitants inaugurent une nouvelle salle de boxe adossée à un bar. Toute l’île est invitée. Avec un buffet gratuit et illimité. Impossible de manquer ça ! Si notre hôte n’a aucune idée de là où cela se trouve, on entend depuis notre case quelques notes réjouissantes de musique. Oui, c’est bien une fête. On décide de suivre les sentiers au gré du son qui nous parvient. Bingo !

Une quarantaine de personnes trinque gaiement autour de mange-debout. Beaucoup de Thaïlandais et quelques visiteurs qui, comme nous, ont repéré les pancartes. La patronne nous fait aussitôt de grands signes du bras. « Venez, venez ! Prenez une assiette, servez-vous à manger ! » On pioche dans le buffet, on se pose autour d’une table et on savoure ce premier contact réussi avec la cuisine locale. Un homme ne tarde pas à nous rejoindre. « Je suis le frère du patron. Je peux m’installer ? » 

Mangrove

Initiation à la muay-thaï

Ce jeune retraité a la discussion facile : « J’aime parler avec les inconnus.  Mais je ne m’installe pas à toutes les tables. D’abord, je jette un oeil. J’adresse un sourire. Si on me le renvoie, là je m’installe », rigole-t-il. Il nous raconte être un ancien champion de boxe thaï. « Vous avez déjà vu un combat ? Il y a une démo tout à l’heure. » On porte le regard sur le ring à deux pas de nous. La boxe – ou « muay-thaï » – occupe une place centrale dans la société thaïlandaise. Chaque village compte sa propre installation. À chaque heure de la journée, au moins une chaine de TV diffuse une compétition. Les vainqueurs sont adulés, au point que de nombreux jeunes tentent leur chance.

Les Thaïlandais auraient hérité cette pratique des Khmers, en conquérant le royaume d’Ayutthaya au XVe siècle. Élevée au rang de discipline militaire au XVIe siècle, elle servait aussi à départager les armées lors d’un conflit. « C’est grâce à elle que les Birmans ont arrêté de nous chercher des noises », nous raconte notre nouvel ami. « Au fil des siècles, chaque fois qu’ils ont voulu nous faire la guerre, on leur a proposé un duel entre nos meilleurs boxeurs. Évidemment, on a toujours gagné, car on est bien meilleur qu’eux en boxe », nous explique-t-il sur un ton très sérieux. 

Cette légende populaire est ancrée dans la culture thaï, à Koh Phayam comme dans le reste du pays. Nombre d’habitants célèbrent chaque année Naï Khanon Tom, un soldat fait prisonnier par les Birmans en 1767. À la suite de sa capture, il aurait été opposé à dix de leurs champions de boxe. Ils les auraient tous mis KO. Depuis, Naï Khanon Tom est une icône nationale.

La jungle en bord de mer

Danse d’échauffement

Une femme monte sur le ring, arborant un long short coloré avec des figures de tigre. La démonstration commence. On se lève pour approcher. Pendant dix minutes, elle exécute le ram-muay, des mouvements rituels qui réveillent les muscles. En fait, une véritable danse. La tradition veut qu’ils attirent les bonnes grâces des esprits avant le combat.

Tous ceux qui buvaient des bières autour de nous se sont amassés le long des cordes qui encadrent le ring. De nombreux enfants qui jouaient à l’écart ont rejoint leurs parents. On sent l’excitation dans l’air. Ça crie, ça applaudit, ça plaisante beaucoup aussi. La boxe thaï affiche sa popularité. Et si nous ne voyons pas de combat ce soir, juste cet échauffement, c’est déjà un véritable spectacle.

La fête se poursuit tard dans la nuit. Nos hôtes, qui ne perdent pas une occasion de manifester leur bienveillance envers les étrangers de passage, chantent à tue-tête et envahissent la piste de danse. Une autre fois, nous serions bien restés avec eux jusqu’à l’aube. Pas cette nuit. Nous sommes épuisés par notre interminable trajet en bus de la veille. Il est temps de rattraper le sommeil en retard !

Une plage à marée basse

Elle est bien là, l’île paradisiaque

Notre second jour à Koh Phayam ressemble au premier : d’abord la plage et le soleil, ensuite la marche pour explorer les environs. En fin d’après-midi, la marée basse découvre des rochers qui nous permettent de rejoindre la crique suivante. Deux voiliers sont amarrés là. Sur la plage, on distingue un hôtel et une étrange installation en bois. Une enseigne dessinée à la main annonce le Hippie Bar. Après la Rasta House, on se dit qu’on doit tester ! 

Ce n’est pas vraiment un bâtiment, plutôt une succession de terrasses et de recoins aménagés de bric et de broc. Des vieilles souches servent de poutres, de bancs, de tables. Il y a un côté repère de pirates planqué dans les Caraïbes. Un serveur est occupé à se rouler une cigarette. L’autre fait de la menuiserie. On grimpe un étage et on tombe sur une femme qui prépare des smoothies. On lui prend deux noix de coco fraiches – à un prix pour le coup pas du tout « hippie » – et on se pose face à l’horizon.

C’est l’heure du coucher de soleil. Intense, pur, somptueux. Finalement, on dirait qu’on l’a trouvée, notre île paradisiaque. 

La cabane des hippies

Et si on se mettait au scooter ?

On prend tellement notre aise sur Koh Phayam que, pour notre troisième jour, on décide de réaliser une envie qui nous trotte depuis quelques semaines dans la tête : apprendre à conduire un scooter. C’est vrai que dans les envies des voyageurs, on cite souvent le baptême de plongée, le saut en parachute ou l’ascension en montgolfière. Moins souvent un tour à mobylette. Mais après quatre mois de voyage, malgré notre amour du vélo, force est d’admettre que dans certaines situations rien ne remplace le scooter. 

À Bali, il n’y a ni train ni bus. Cette île volcanique est truffée de dénivelés. En faire le tour à vélo nous aurait pris un mois, alors que nous voulions aussi découvrir Java et Sumatra. Le scooter nous a manqué. En Birmanie, les voyageurs sont fléchés vers le triangle culturel Rangoun-Bagan-Inle. Sortir des sentiers battus est compliqué, parfois même impossible sans véhicule motorisé. Là encore, le scooter nous a manqué. Sans compter que parmi nos prochaines étapes, il y a le Laos, pays montagneux, rural et peu peuplé. Nous aurons besoin de rejoindre des villages qu’aucun bus ne dessert, parfois distants d’une centaine de kilomètres. Nous aurons un mois pour sillonner ce pays. Le faire à vélo nous en prendrait trois. 

Et puis, c’est ça un tour du monde : apprendre à dire les mots usuels dans vingt langues différentes… tout comme apprendre le scooter sur une piste cabossée d’une île de Thaïlande !

Une fois qu’on a dit cela, on vous recommande tout de même deux préalables essentiels avant de conduire à l’étranger : vérifier que vous êtes en conformité avec la législation du pays et consulter votre assurance voyage pour être certain d’être couvert (ce n’est souvent pas le cas). Ça vous évitera de gros problèmes avec la police et, en cas d’accident, d’avoir à payer de votre poche tous les frais médicaux.

Exploration

Retour à l’école

Il n’y a évidemment pas d’auto-école à Koh Phayam. On décide de demander au propriétaire de notre guesthouse. « Ah, vous voulez louer un scooter ? » Non, juste qu’on nous explique comment le conduire. Il se marre. « J’ai un ami qui peut vous montrer. Je lui dis de passer demain à 11h. » À l’heure dite, on est se tient prêt. Quinze minutes passent. Puis trente. On se décide à relancer notre rasta. Pour seule réponse : « Vous savez, mon ami se lève tard. » Mais dans l’après-midi, alors qu’on ne l’attendait plus, notre formateur débarque enfin. Lui aussi se marre en nous voyant. Visiblement, nous sommes les premiers à faire une telle demande.

Pour cette leçon particulière, il nous emmène… dans la cour de l’école municipale. Logique pour un apprentissage ! « Voici comment on démarre, comment on freine, comment on tourne. Maintenant, à vous d’essayer. » Nous chaussons nos casques et avançons doucement dans l’allée. On rame un peu à faire demi-tour. Pour le reste, c’est un jeu d’enfant. Il nous laisse l’engin pour une heure, histoire de nous exercer sur l’île. « C’est offert. Remettez juste un peu d’essence avant de me le ramener. » C’est aussi ça, l’hospitalité thaïlandaise.

Nous voici sur les pistes de Koh Phayam. Des trous un peu partout, mais pas de trafic. Idéal pour se rôder. Fou-fou que nous sommes, nous faisons une pointe à 25km/h. On s’arrête à l’extrémité sud de l’île, les pieds dans le sable. On prend un Coca au bar qui fait l’angle – et oui, pas d’alcool au volant. Puis on profite une dernière fois du paysage et de la lumière magique du soleil couchant qui se reflète sur l’eau. Demain, nous changerons radicalement d’ambiance : direction Phuket.

Coucher de soleil à Koh Phayam

Nos coups de coeur

Dormir. Rasta House, un petit hôtel sans prétention, où l’on profite d’une grande case sur pilotis pour 12€ la nuit. Parfait si vous recherchez le calme. La plus belle plage de Koh Phayam vous attend à deux pas.

Manger. C’est sur Koh Phayam que nous avons dégusté le meilleur mango sticky rice de tout notre séjour en Thaïlande. Si vous faites étape sur l’île, ne manquez surtout pas de vous arrêter au restaurant Kruq Khun Tao.

Nos autres étapes en Thaïlande

5 commentaires sur “Koh Phayam, l’île paradisiaque ?

    1. Nous n’avons pas détesté la Birmanie, loin de là. C’est un pays passionnant. Mais simplement l’ambiance y était beaucoup plus lourde et le moral des habitants beaucoup plus bas qu’ailleurs. Cela est assez récent : il y a eu un vrai enthousiasme au moment de l’élection d’Aung San Suu Kyi en 2016, un espoir d’ouverture. Cet espoir a duré un an ou deux puis été douché. Ce qui coïncide avec la date de votre séjour.

      1. Ah oui effectivement. Les gens étaient tellement souriants et en adoration devant Aung San. Bon les militaires étaient encore présents et tout à l’ouest tu ne pouvais pas te balader où tu voulais. Tu sentais qu’il y avait quand même des côtés pas très cool, mais tout le monde avait l’espoir que cela puisse s’améliorer.
        Je viens de découvrir votre blog suite aux articles sur le corona/tour du monde. Et je vais avoir le temps de le fouiller car je viens de commencer un tour du monde par la Nouvelle Zélande!
        Bonne continuation et j’ai hâte de vous lire

  1. Quelle merveille de lire autre chose que le corona en ce moment !! J’ai vraiment voyagé en vous lisant grâce à tous vos détails. Ça fait du bien. Merci à vous 2.

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