Vietnam : Notre bilan

Vietnam : Notre bilan

Après 19 jours passés au Vietnam, 2.121 kilomètres parcourus en 8 étapes et malgré une fin de parcours raccourcie, rattrapés par la Covid-19, nous voilà à l’heure du bilan. Comment avons-nous vécu ce périple du Sud au Nord du Vietnam ? Notre mission : résumer nos impressions en quelques lignes. C’est parti !

[Bilan de notre séjour au Vietnam du 26 février au 16 mars 2020]

Le crépuscule de notre tour du monde ? (par Matthieu)

Au moment du bilan, difficile de distinguer mes impressions du Vietnam de celles de la pandémie de coronavirus. J’ai nécessairement vécu ce pays autrement que dans un contexte normal.

C’est au Vietnam que notre tour du monde a pris une tournure radicalement différente de ce que nous aurions pu imaginer. C’est au Vietnam que nous avons connu la fermeture des monuments, puis des hôtels, des restaurants… Jusqu’à presser de plus en plus notre avancée. Jusqu’à fuir. C’est au Vietnam que, dans le “dur” de la crise, le regard porté sur les Occidentaux que nous sommes s’est transformé en hostilité.

C’est aussi au Vietnam que nous avons suivi l’aggravation de la situation en France, que nous avons commencé à nous inquiéter pour nos proches, que cela est devenu une obsession. Notre esprit s’est déporté dans l’Hexagone, à Paris, à Lourdes, jusqu’à parfois nous faire oublier où nous étions et nous empêcher d’en profiter.

Batelier à Can Tho

Fort heureusement, à notre arrivée dans le pays début mars 2020, tout allait bien. Nous avons pu voir et vivre l’avant et l’après. On sait ainsi que le pays ressemble moins à nos derniers moments à Tam Coc et à Hanoï qu’à nos douces flâneries dans le delta du Mékong. On sait que la peur soudainement exprimée par les Vietnamiens à l’égard de l’étranger n’était que l’extension de la peur bien plus intense qu’ils ressentaient face à la maladie.

Et si la lutte contre le coronavirus a conduit une partie de la population à un brutal repli nationaliste, elle s’est aussi traduite par un formidable élan de solidarité dans toute la société vietnamienne. Une vraie leçon pour nous, Français, de ce que la citoyenneté implique de droits mais aussi de devoirs.

Au Vietnam, nous n’avons vécu aucun débat sur l’importance ou non de porter un masque, nous n’avons vu personne rechigner à appliquer les gestes de prudence ou à cesser temporairement ses activités à titre préventif, bien qu’il n’y ait ici ni chômage partiel ni autre forme de protection sociale. Dès le début de la crise, chaque citoyen a pris conscience de sa responsabilité individuelle pour freiner la progression de la maladie, pour prendre soin de ses proches, de ses amis, de ses voisins.

Ce n’était pas affaire de régime autoritaire, d’absence de liberté d’expression ou de crainte des sanctions. C’était affaire de civisme et de respect de l’autre. Et le résultat s’est rapidement fait sentir : la diffusion du coronavirus en a été considérablement freinée. Le nombre de malades – et encore plus de morts – est encore à ce jour l’un des plus faibles au monde. Le Vietnam n’en est pas à craindre une deuxième vague : il a brisé la première sur la digue de la mobilisation collective.

Fabricante de cierges à Saïgon

À l’heure d’écrire ces lignes, entre Vietnam et coronavirus, ma mémoire a toutefois déjà trié les événements pour ne garder que le meilleur : le marché flottant de Can Tho qui s’anime avec l’aube, l’énergie hypnotisante de Saïgon, la beauté d’Hoi An désertée par les touristes, la poésie de Tam Coc enveloppée par la brume, le courage encore vif d’un peuple qui s’est si longtemps battu pour son indépendance et son unité… 

Je retiens surtout des rencontres : ces deux jours à Vung Liem avec Tam, Han et leur petite fille, ce dîner avec Luc et son compagnon, la petite bande de routards qui se constitua dans l’adversité, la gentillesse et l’optimisme réconfortant de Huy à la veille de notre départ.

Si un coucher de soleil, un paysage, un temple réussissent à nous émerveiller, la rencontre nous change. Ces dans ces moments de partage, ces discussions, ces confrontations que l’on trouve les vrais monuments de notre tour du monde. Et c’est pourquoi, au moment de nous envoler pour le Japon, je suis si inquiet pour la suite.

Alors que les principales mesures de prévention du coronavirus reposent sur la “distance sociale”, pourrons-nous continuer à rencontrer celles et ceux qui forgent notre aventure ? Avancer dans ces conditions a-t-il encore un sens ? Faudra-t-il nous résigner à rentrer ?

Vendeuses de fruits à Hoi An

Sortir du monde (par Pierre)

Comme il y avait deux Vietnam, nous avons voyagé dans deux Vietnam. Le Vietnam d’avant-pandémie et le Vietnam d’après. Comme il y a deux saisons sous les tropiques, nous avons traversé deux saisons en moins d’un mois. La saison ensoleillée et heureuse puis la saison inquiète et brumeuse.

Le Sud du Vietnam, notre point d’arrivée en cette fin février 2020, s’est révélé enchanteur. De la chaleur humaine (c’est peut-être gnangnan mais c’est bon de le rappeler), des rencontres déjà décisives, (un amoureux de la France qui prépare son pèlerinage à Lourdes des étoiles dans les yeux), des villes incroyables (les quartiers mêlés de Saïgon, la douceur unique d’Hoi An vide de touristes) et le destin du Mékong qui se jette dans la mer en plusieurs bras non sans profiter aux derniers commerçants de ses marchés flottants.

Et puis nos déplacements en bus vers le Nord, irrémédiablement suivis des nouvelles venues de France et d’ailleurs. L’arrivée à Hué, au centre, juste sous l’ancienne ligne de démarcation, et déjà le ciel qui se charge en nuages. L’atmosphère devient pesante même si les regards ne sont pas encore inquiets, nous sentons mugir le souffle de la maladie à travers les masques qui se multiplient dans la rue.

Conducteurs de scooters à Saïgon

À la frontière entre le Sud et le Nord, entre le Vietnam impérial et millénaire et le Vietnam socialiste et victorieux, nous franchissons le 17e parallèle au moment où les Américains annonçaient la fin des vols en provenance de l’Europe puis la qualification de la Covid-19 en pandémie par l’OMS. Dès lors, nous n’étions plus des Européens ou des touristes mais des porteurs de maladie voire des dangers sur pattes.

Le ciel restera gris jusqu’à la fin de notre séjour. Les paysages absolument magiques de la plaine aqueuse de Tam Coc ajouteront à cette période pleine d’onirisme. Nous étions comme des zombies à naviguer sur les routes du Nord-Vietnam entre backpackers, sac-à-dos sur les épaules, à errer sous les regards inquisiteurs. Nous avons vu les boutiques fermer, les hôtels se dépeupler, les restaurants baisser leurs rideaux, la musique devenir moins présente, les sourires s’estomper.

Du jour au lendemain, le pays s’est refermé sur nous. Ce qu’on appellerait du racisme, nous le percevions plutôt comme de l’inquiétude exacerbée par les contre-vérités qui circulaient ; une certaine forme de protection bien naturelle dans un pays qui accueille énormément d’étrangers mais qui garde un système de santé fragile. Un pays fier de son indépendance et qui, justement, n’a besoin que de lui-même pour s’en sortir.

Vendeuse de billets de loterie à Hué

Le Vietnam a réussi à chasser les Chinois, les Français puis les Américains : le pays est en ordre de bataille pour affronter le nouvel ennemi qu’est le coronavirus. Le champ doit d’abord être dégagé et nous nous sommes retrouvés pris en étau. Alors les sites d’intérêts ont fermé et on s’est échoué à Hanoï sous le crachin et les larmes de regret. Regret car j’ai finalement aimé le Vietnam, sa force, son courage, son Histoire, son patrimoine. Ses habitants ont été, pour moi, parmi les plus aimables, les plus affables, les plus braves que j’ai pu croiser au cours de ces mois passés en Asie.

Poussés jusqu’à la mer de Chine méridionale (ou plutôt jusqu’à la mer de l’Est comme l’appellent les Vietnamiens), nous n’aurons pas pu explorer les montagnes du Nord ni même la fameuse baie d’Ha Long. Mais nous savons que nous serons de nouveau les bienvenus. Mon amie d’enfance, Marie-Noëlle, sera peut-être notre guide cette fois-ci. Ou bien Huy que nous aurons plaisir à retrouver dans un Hanoï de nouveau bruyant et grouillant de scooters. Nous sommes sortis du monde avant qu’il ne se referme sur nous. L’ombre de la Covid-19 n’a pas encore réussi à nous submerger.

Toutes nos étapes au Vietnam

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