Indonésie : notre bilan

Homme lisant le journal dans une gare d'Indonésie

Après 27 jours passés en Indonésie, 3.260 kilomètres parcourus et 4 îles visitées en 9 étapes, nous voilà à l’heure du bilan. Comment avons-nous vécu ce périple au cœur du plus grand État archipel du monde ? Notre mission : résumer nos impressions indonésiennes en quelques lignes. C’est parti !

Il nous faudra revenir (par Matthieu)

Le bilan a toujours cela de cruel qu’il doit être court. Résumer deux mois et demi en Inde en quelques lignes avait été un calvaire. Cela l’est tout autant pour l’Indonésie. En un mois sur place, nous avons parcouru quatre îles. Deux touristiques, l’une capitale, la dernière plus sauvage. Quatre îles sur les treize mille qui composent le pays, dont neuf cents sont habitées.

Nous avons d’abord compris pourquoi ceux qui vont à Bali disent qu’ils vont à Bali et non en Indonésie. C’est une île à part, qui a sa propre histoire, son propre mode de vie, son propre rythme. Baba cool avant-hier, fêtarde et buveuse de bière hier, elle s’aménage aujourd’hui comme un paradis pour instagrameurs-voyageurs, recherchant une nature joliment mise en valeur, des panoramas avec “sunset view” et de bons petits plats vegano-localo-glutenfree. Ce n’était pas notre état d’esprit, espérons d’ailleurs que ça ne le soit jamais. Bali n’a donc été pour nous qu’une succession de déceptions.

Homme dans les rizières de Keliki, à Bali

J’ai presque envie de dire : dix jours de perdus ! Tant Java nous a basculés dans un autre monde. Des volcans en feu aux rizières baignées d’eau, des temples éternels de Borobudur et Prambanan à l’effervescence de la mal-aimée Jakarta, cette île a tellement plus à offrir aux visiteurs que sa touristique voisine  ! Elle nous a paru plus vivante, plus brute, plus sincère. Et en cela beaucoup plus accueillante. 

Ni blasés, ni agacés de voir débarquer des étrangers, les Javanais ont eu la discussion facile et franche. Ils n’ont pas hésité à partager avec nous leur art de vivre et ce qui les anime, tout comme à nous faire découvrir leur islam, radicalement différent de celui qui fait le plus souvent la Une de l’actualité. Progressiste et tolérant, positif et ouvert, à l’aise dans la mondialisation, confiant envers l’avenir… La religion est affaire de pratique. Et la pratique que nous avons vue sur cette île est enthousiasmante et belle. 

De là à dire qu’elle est majoritaire ? Nous n’en savons rien. Peut-être avons-nous simplement fait les bonnes rencontres. Car l’Indonésie c’est aussi la province d’Aceh, à Sumatra, où la charia est appliquée et où l’on fouette en place publique les homosexuels. Sumatra, pourtant si magnifique, avec sa jungle foisonnante, dernier repère paisible sur terre des orangs-outans.

Militaires défilant dans les rues de Malang, à Java

Un pays tellement immense, frontalier de la Malaisie comme de l’Australie. Tellement varié, avec ses 742 langues et 1.100 ethnies. Et tellement changeant, d’un régime militaire qui perdura jusque dans les années 90 à un président “Obama” élu sur la promesse de plus de démocratie… 

Tellement, qu’un mois sur place ne permet pas de le définir et qu’on se perd à imaginer de quoi son futur sera fait. Tellement qu’on voudra y retourner. 

Les îles mystérieuses (par Pierre)

Avouons-le : personne ne connaît l’Indonésie. Quand on part en vacances, on a plutôt tendance à parler de Bali, de Java, de Bornéo voire de Sumatra. Mais personne ne vous dira : « Je pars en Indonésie. » D’ailleurs, moi-même, je situais vaguement ce pays entre la Papouasie (parce que le nom est rigolo) et quelque part entre les Philippines et l’Inde. Je pensais que Bali était en Thaïlande et je confondais Sumatra avec Java. Bref, je débarquais en terre inconnue.

Écoliers dans un temple bouddhiste, près du Bromo, à Java

À ma décharge, on ne peut pas dire non plus que l’Indonésie fasse vraiment parler d’elle. C’est pourtant un archipel immense, 4e population mondiale, 1er pays musulman du monde, indépendant des Pays-Bas depuis 70 ans et dont la situation entre Asie et Océanie est absolument stratégique. Sur le papier, l’Indonésie est une destination intrigante.

Alors pour entrer en douceur dans son intimité, on a dû adopter une bonne stratégie. La meilleure solution, c’est de se poser dans un warung, commander un mie ou un nasi goreng, boire une (ou plusieurs) Bintang et observer le rapport qu’entretiennent les Indonésiens avec la nourriture : ça en dit souvent long sur un pays. Le repas se partage en famille ou entre amis. On prend son temps. C’est convivial et rassurant ; surtout quand on revient d’une expédition sur le Bromo ou d’une altercation avec la mafia des transports 😉 L’Indonésie est donc un pays foncièrement accueillant.

D’ailleurs, si on reste dans le registre culinaire, je n’ai malheureusement pas pu apprécier à sa juste valeur le gado-gado, un plat de crudités baignées de sauce cacahuète. Très sympa, mais testé lors de ma décade de déprime post-Inde, je n’ai plus jamais osé y retoucher de peur de retourner en mélancolie… Suis-je tombé dans le cycle sans fin des superstitions qui se répandent à travers le pays ?

Un membre de la communauté chinoise de Jakarta

L’Indonésie reste en effet un pays extrêmement fort à vivre ; bâti sur des mythes et des légendes. Le fait de ne pas avoir autant pu pénétrer dans le quotidien balinais est finalement un vrai regret. À travers l’art, les paysages et ce rite qui veut que chaque matin on dépose des offrandes devant sa maison pour amadouer les esprits, on a senti l’attachement viscéral de ce peuple pour les signes de la nature (ce qui permet paradoxalement de garder les pieds sur terre).

Malheureusement, Bali est aujourd’hui bouffée par les Australiens d’un côté et l’arrivée massive de cars chinois de l’autre. L’île vivait déjà ses dernières heures lorsque nous y avons séjourné. A contrario, Jakarta semble retrouver le goût à la vie alors que commence déjà son lent naufrage dans la mer de Java…

Finalement, personne ne connaît l’Indonésie parce que personne ne peut reconnaître « son » Indonésie. Nous avons essayé de vous présenter notre vision de voyageurs du début du XXIe siècle. Mais elle est déjà radicalement différente de celle de Claude, backpackeuse qui a vécu les premières heures hippies du voyage au long cours. Imaginez que lors de son 1er séjour à Ubud il n’y avait pas d’électricité dans toutes les rues ! Nous ne parlons pas le même langage.

Enfant jouant sur une place de Jakarta

Alors me vient cette réflexion : nous pourrions retourner en Inde dans 10 ans, rien n’aura radicalement changé. Mais si nous décidions de retourner en Indonésie dans 10 ans, les orangs-outans vivront-ils encore à l’état sauvage ? Bali aura-t-elle fini de sombrer ? L’armée aura-t-elle pris le pouvoir ? Ou bien l’Islamisme aura-t-il réussi à s’imposer partout comme dans la province d’Aceh

On s’était dit rendez-vous dans 10 ans ? Un bon timing pour revenir (et d’ici là, on apprendra à nos enfants que Jakarta n’est plus la capitale du pays).

Revivez nos étapes en Indonésie

3 commentaires sur “Indonésie : notre bilan

  1. Bonjour les « backpackers »,

    C’est toujours un plaisir de vous suivre et de lire vos récits de voyage(qui sont d’une grande qualité!!), que ce soit le Bromo, Djakarta, les orangs-outans…nous étions avec vous en Indonésie(merci et bonne continuation)

    À bientôt…

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