Inde : notre bilan

Deux amies se tenant la main

Après 68 jours passés en Inde, 10.695 kilomètres parcourus et 12 régions visitées en 26 étapes, l’heure est venue de faire notre bilan. Comment avons-nous vécu ce périple au cœur de la 2e population mondiale ? Notre mission : résumer nos impressions indiennes en quelques lignes. Un vrai défi !

Pourra-t-on trouver mieux ? (par Matthieu)

Pour certains, l’Inde est le pays rêvé de l’aventure et de la spiritualité. Un “graal” pour routards expérimentés. Une terre promise pour ouvrir ses chakras. Ils en font le voyage de leur vie. Pour ma part, je n’en attendais rien de particulier car je n’ai jamais rêvé l’Inde. Je n’ai jamais été passionné par son histoire et sa culture. Elle ne faisait pas partie de mes destinations prioritaires de voyage. 

Il aura fallu ce tour du monde d’un an, dont nous voulions qu’il nous bouscule et nous fasse découvrir des cultures radicalement différentes de la nôtre, pour qu’elle figure soudain sur notre chemin. Et puisque nous avions le temps, quitte à la visiter, nous avons décidé d’y passer deux mois et demi pour tenter “d’en faire le tour”. Un cinquième de notre tour du monde dédié à ce seul pays !

Si j’y suis arrivé vierge de toute attente, juste prêt à prendre ce qu’elle aurait à m’offrir, je ne regrette pas une seconde qu’on s’y soit attardé. 

A peine arrivé, j’ai tout de suite apprécié le joyeux bordel des rues de Old Delhi. Ce trafic assourdissant où les piétons bataillent avec les motos, les rickshaws et les camions. Les routes plus gadouilleuses que bitumées où l’on risque parfois sa vie. J’ai immédiatement adoré glaner nos repas sur des stands de rue dénués de tout confort, de tout étiquetage, de toute norme d’hygiène et dont pourtant on se régale des plats. J’ai été conquis par l’hospitalité des Indiens du Nord. Ils cherchent la rencontre et vont tout de suite au contact des inconnus sans jamais se soucier de les déranger. Et c’est avec bonheur que je me suis vite laissé dévorer par ce pays qui demande autant d’énergie qu’il en donne.

Puis, au fil des semaines et des mois, à force de prendre le temps, j’ai plus que tout aimé découvrir que l’Inde c’est beaucoup plus que ça. C’est un continent, un monde à part entière. Avec ce à quoi on s’attend, l’imagerie populaire que nous en avons en France, mais aussi, le plus souvent, ce à quoi on ne s’attend pas. S’il n’appartenait pas à la domination britannique, le terme “les Indes” serait encore aujourd’hui le plus approprié pour en parler.

En dehors d’une poignée d’habitudes communes à tout le pays – la principale d’entre elles étant de boire un chai – chaque région a ses propres coutumes, ses propres paysages, ses propres racines, sa propre langue aussi (le pays compte 22 langues officielles, dont le français !) et en quelque sorte son propre peuple. Certes l’hindouisme est religion majoritaire, mais sa pratique diffère elle aussi selon les territoires. Et, dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, les religions minoritaires représentent tout de même quelques 300 millions de pratiquants.

Dire “je n’aime pas l’Inde” a aussi peu de sens que de dire “je n’aime pas l’Europe” ou “je n’aime pas l’Amérique”. Car l’Inde du Nord au Sud, l’Inde des grandes villes à la ruralité, l’Inde des plaines aux plus hauts sommets en passant par la mer, est tellement différente qu’elle est capable de satisfaire tous les goûts, toutes les attentes. Ne pas aimer l’Inde, c’est ne pas l’avoir assez visitée.

J’ai eu de véritables coups de coeur pour la vallée du Gange, Pondichéry, le Rajasthan et le Ladakh. Je suis passé totalement à côté de Bombay et, pour partie, du Kerala. J’ai très souvent été heureux, mais aussi parfois fatigué, agacé, contrarié. C’est normal, en deux mois et demi, d’avoir des hauts et des bas. C’est tout le luxe et la bénédiction d’un tour du monde que de pouvoir se permettre des expériences ratées et des étapes décevantes. 

Mais de tout ce périple en Inde, je ne garde aucun regret. Ou si, j’en garde un : que nous ayons choisi de débuter par ce pays exceptionnellement marquant. Au point que je la quitte inquiet de ne pas trouver “mieux” ensuite.

Un amour de vacances (par Pierre)

Mon prof de philo en Terminale venait de passer ses vacances en Inde. Il nous en a suriné les oreilles de septembre à juin. Si bien qu’on ne comprenait pas trop ce que venait faire les temples de Khajuraho dans un cours sur Freud. Et puis, il avait un air si transi d’amour pour ce pays qu’on s’est très vite demandé s’il n’avait pas ramené quelques substances illicites dans ses bagages… 

Quatorze ans plus tard, je comprends mieux ce petit sourire extasié quand il nous évoquait ses souvenirs de vacances. Un peu comme une histoire d’amour éphémère dont on ne conserve que les bons moments.

Alors oui, c’est vrai, l’Inde c’est du bruit en permanence, ce sont des gens partout, on se bouscule, on se klaxonne, on se double dans les files d’attente, on crache bruyamment, on met des musiques de Bollywood à fond dans la rue ou dans le bus, on patiente (un peu), on croise le regard fier et menaçant d’une vache sacrée, on respire un air saturé, on se douche parfois à l’eau froide et on mange souvent avec les doigts.

C’est vrai et ça se comprend : l’Inde est un monde qui se contient à lui tout seul. Quand on est 1,3 milliard à se partager la même terre, on n’a pas le temps de se poser, de s’arrêter. Il faut foncer, garder sa place et son rang au risque d’être submergé par la masse. Alors on a suivi, embarqués dans ce tourbillon, sans trop nous poser de questions (c’est d’ailleurs probablement le seul conseil que je donnerais à quelqu’un qui souhaiterait visiter l’Inde pour la première fois).

Car ce sont en fait tous nos codes sociaux qui sont détricotés. Les hommes profitent des restaurants, des salons de coiffure et des sorties entre amis. Les femmes, elles, s’occupent de la maison. On a pour ainsi dire passé deux mois et demi entre mecs. La religion hindoue ensuite, véritable ciment de la vie en société. On a néanmoins remarqué son dévoiement politique : les communautés se radicalisent…

C’était assez marrant en revanche de voir la tête des touristes asiatiques qui ne comprenaient pas pourquoi personne ne les prenait en photo alors que nous étions assaillis de demandes de selfies 😉 Il nous a fallu garder la tête froide : les Indiens ne nous trouvaient pas particulièrement beaux… Ils trouvent *tous* les Occidentaux beaux !

Finalement, la majesté de l’Himalaya, le recueillement des fidèles à Varanasi, les odeurs de ghee, de chapati et d’encens, la convivialité autour d’un stand de street-food, la douceur d’un chai ou d’un lassi, le réconfort d’un samossa acheté dans une gare routière avant 19 heures de bus, la bienveillance et la curiosité pour la France, ce pays lointain qui doit se situer quelque part au bord de la planète… c’est tout cela et pas seulement cela, l’Inde.

Ce monde ne se résume pas en quelques lignes. Une année scolaire entière n’a même pas suffit à mon prof de philo. Un amour de vacances dont on connaissait à l’avance la date des séparations. On y pense encore. Et nous sommes comme déroutés alors que notre chemin autour du monde ne fait que commencer…

8 commentaires sur “Inde : notre bilan

  1. Vos textes sont trés émouvant et intéressant, on ressant vos émotions et votre amour pour ce pays, un beau partage merci
    Bonne continuation pour la suite de vos découvertes

  2. Merci pour ce resumé de vos impressions ! je vis en Inde depuis 3 ans je suis touchée par vos mots pour décrire ce pays multiple ! J’ai commence a vous suivre car je voulais connaitre vos impressions sur l’Inde et je continuerais car j’aime vous lire ! Bonne continuation a vous 2

  3. Merci pour tous ces récits et de nous avoir fait partager vos découvertes et émerveillements !
    J’ai hate de lire maintenant la partie Indonésienne de votre périple dans le pays d’origine de la famille de mon épouse !!

      1. Super de partager vos impressions de votre voyage. Nos societes occidentales detournent l humain de la spieitualite des pays comme l Inde et d autres que vous allez connaitre comme l Amerique du Sud. Bonne continuation et quel plaisir de lire vos textes si impregnants. ENVOY. Jmarc sous la pluie et le vent basque !

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